Lecture / Ecriture
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Machiavel et nous de Louis Althusser

Louis Althusser
  Machiavel et nous

Machiavel et nous - Louis Althusser

Une synthèse claire
Note :

   Il y a une remarquable aptitude d’Althusser à analyser une œuvre, à en dégager les orientations principales, les inflexions et l’originalité. Sur une œuvre aussi étonnante que celle de Machiavel, objet de multiples études et interprétations depuis sa publication, il était capable de fournir une synthèse claire et séduisante, infiniment plus féconde que les médiocres commentaires sur l’ignominie du "machiavélisme".
   
   Par rapport à la nécessité que Machiavel décela de constituer l’unité italienne, tâche impossible à réaliser au XVIème siècle, il chercha dans l’Antiquité le modèle le plus compatible à son projet et trouva sans difficulté Rome, sa République et son Empire, comme paradigme de toute structure politique durable. Machiavel étudie minutieusement toute cette évolution dans ses "Discours sur la première décade de Tite-Live", ouvrage trop négligé au profit du seul "Prince". Il démontre que toutes les qualités de la République Romaine ont trouvé leur origine dans les débuts monarchiques de Rome, qui ont perduré au sein de la République, dans la combinaison de pouvoirs du "prince" - personnifié par les consuls, au nombre de deux pour neutraliser les tendances dominatrices -, des "grands" - rassemblés au Sénat -, et du peuple – représenté par les tribuns. Aucune de ces trois autorités n’était en mesure de prendre le pas sur les deux autres et l’alternance fréquente au sein des fonctions évitait l’installation d’un pouvoir autoritaire, jusqu‘à ce que l’État Romain cédât à l’ "hybris" de l’impérialisme et se vît la proie de généraux putschistes.
   
   Bien plus qu’à la forme du gouvernement, Machiavel était attaché à la stabilité et la pérennité de l’État. Lui qui n’était pas un soldat avait conscience de la nécessité d’une force armée puissante pour assurer la sécurité de l’État et, longtemps avant la Révolution Française, il avait compris que cette armée devait reposer sur la participation des citoyens, comme dans la Rome antique.
   
   Althusser a eu le grand mérite de dégager cette œuvre originale de bien des malentendus.

critique par Jean Prévost




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