Lecture / Ecriture
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La part des nuages de Thomas Vinau

Thomas Vinau
  Ici ça va
  La part des nuages
  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux
  Bleu de travail
  Le camp des autres

Thomas Vinau est un auteur français, né en 1978 à Toulouse.

La part des nuages - Thomas Vinau

Triste et court. C'est comme ça ?
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   "Demain, Noé part une semaine chez sa mère. Pour l'instant, il y a le cerf-volant qui ne quitte pas le sol, l'arc, les cerises pas encore mûres qui servent de projectiles, l'élevage d'escargots près de la cabane, la cabane elle-même, les toupies, les flingues, les bâtons, le chien qui est un indien (c'est comme ça), les frites, les pâtes, le poulet. Pour l'instant, il y a la planque, les pièges à lézard, le foot, Spiderman et sa petite sœur (c'est comme ça). Pour l'instant, il y a la menthe en pots, la tortue, la récolte des lucioles, l'écharde dans le doigt, la cheville tordue en grimpant à l'arbre, le voleur, les cascades en trottinette, la flaque de boue. Pour l'instant, il y a le champ de bataille dans la maison, le rebond du caillou sur la voiture, la vitre cassée du voisin, la souris adoptée, le pantalon déchiré, le tunnel de cartons, le renard voleur. Pour l'instant, il y a Noé. Mais après?"
   

   Thomas Vinau, c'est avant tout une sensibilité à fleur de peau, une attention aux petites choses de la vie, une pudeur qui met de la distance avec la difficulté d'être, le tout baigné dans une poésie qui semble innée chez lui.
   
   Après l'angoisse de la paternité ("Nos cheveux blanchiront avec nos yeux"), le retour à la maison de l'enfance ("Ici ça va"), voici des temps plus désenchantés. La femme aimée est partie, laissant Joseph s'occuper de leur fils de 7 ans, Noé. Le roman se déroule sur une semaine, celle où Noé va passer huit jours chez sa mère, laissant Joseph déboussolé, ne sachant que faire de ce temps vide devant lui. Il va se réfugier dans la cabane de son fils, bricolée dans un cerisier et se laisser dériver doucement, observer la nature, les nuages, en se gavant de nourriture régressive et en picolant.
   
   Quand il sort de son repère, sale, hirsute, un peu hagard, il fait des rencontres insolites, au gré de ses errances, heureux de côtoyer les autres, la jeune flûtiste qu'il observe de son arbre, un compagnon de galère, sans oublier Odile la tortue, qu'il trimballe avec lui.
   
   J'ai retrouvé avec plaisir la petite musique de l'auteur, distillée de livre en livre, même si celui-ci m'a paru d'une tonalité plus triste. La poésie est toujours là dans le regard qu'il porte sur le quotidien, l'observation de tout ce qui l'entoure, la délicatesse dans l'évocation des sentiments, l'étonnement devant le monde et son drôle de fonctionnement. J'ai cru y percevoir aussi une immense tendresse inemployée sur cette semaine sans Noé. Son retour annoncé va laver les miasmes des derniers jours, chasser les vieux démons et dégager le ciel.
   
   "La peur et la joie. Pile ou face. On vit toute une vie avec ça. La peur ou la joie. Etre une pièce. On tombe d'un côté ou de l'autre. On choisit, plus ou moins, de quel coté on tombe. La joie est le dos de la peur. Quand l'une s'éloigne, on distingue le sourire sur le visage de l'autre. On est les deux. Une pièce. Qui vole en l'air. Qui tourne. Qui tombe. S'il n'y a rien ou personne pour nous lancer une nouvelle fois. On reste en bas".

   
   Un indispensable.

critique par Aifelle




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