Lecture / Ecriture
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Debout-payé de Gauz

Gauz
  Debout-payé

Debout-payé - Gauz

Palette de vigiles
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   "...Ossiri se disait qu'on ne pouvait pas faire confiance à un chien que son maître avait baptisé Joseph en l'honneur de Staline, Mobutu et Kabila, trois dictateurs partageant le même prénom et un certain sens de la cruauté."
   
   Ossiri, étudiant ivoirien, devient vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990. Il retrace pour nous les trois époques mythiques de ce métier, correspondant aussi aux relation franco-africaines (1960-1980, les années 90, l'après onze septembre qui vient tout chambouler), entrecoupées de notations sociologiques très personnelles sur les clients et le fonctionnement de deux boutiques, Camaïeu, Sephora, clairement identifiées. Il revient aussi sur la manière de vivre des Ivoiriens en France, leurs palabres politiques, leur solidarité, leur intégration progressive à la société française.
   
   Rien de tel qu'un regard étranger pour revisiter notre société française de manière particulièrement caustique, acérée et hautement réjouissante. Celui qui s'y colle, on le remarque à peine, sauf si on a une idée en tête: c'est le vigile.
   
   Gardien de temples de la consommation ou de minoteries devenues fantômes, il est « Debout-payé » pour préserver des richesses qui ne lui appartiendront jamais et ne se prive pas d’observer le monde qui l'entoure. Il catégorise sans relâche d'une manière très personnelle et haute en couleurs. ça pulse, ça grince, ça rigole aussi et ça donne un formidable mélange énergique et vivant . à découvrir de toute urgence ! Un grand coup de cœur !
   
   A noter le travail particulièrement soigné de l'éditeur !
   
   173 pages à dévorer d'une traite !
   
   
   Petits extraits pour donner envie:
   
   "DILUTION PIGMENTAIRE: Plus on s'éloigne de Paris, plus la peau des vigiles s'éclaircit vers le beurre. En province, loin, loin dans la France profonde, il paraît qu'il y a même des endroits où il y a des vigiles blancs."
   

   Evoquant les femmes qui "oublient" de régler leur épilation il note : "Chez la rombière du XVIème arrondissement, l'épilation des sourcils génère des troubles passagers de la mémoire."
    ↓

critique par Cathulu




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Trouble
Note :

    Trouble
   
   « Vigie, l’attribut de ceux qui restent debout.
   Vigiles, la tribu de ceux qui restent debout. »
   

   Belle définition ma foi. Derrière ce petit livre paru au Nouvel Attila se cache certainement une des meilleures surprise éditoriale de cette rentrée littéraire. Quoique... Si on y regarde de plus près, ce livre était déjà paru un an plus tôt chez Attila tout court. Donc, sans rien enlever au coté sympathique de l’ouvrage, il semblerait qu’il y ai surtout eu une bonne campagne marketing.
   
   Il est ici question du monde des vigiles, fort allègrement écrit et décrit. Entre les chapitres où l’on suit la vie de quelques uns depuis les années cinquante jusqu'à aujourd’hui, se glissent des anecdotes sur le métier de manière localisée. On passe d’un magasin sur les Champs Élysées et ses clientes fortunées des pays du Golfe aux grands moulins de Paris.
   
   « Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir aux Champs-Élysées, l’avenue-centre-commercial. Le pétrole fait voyager loin, mais rétrécit l’horizon. »
   

   Pertinence et humour sont au rendez vous, ainsi que quelques souvenirs ivoiriens. Les formules font souvent mouche.
   
   « Il n’avait retenu que « trente Glorieuses ». L’expression sonnait bien et lui faisait penser aux « 3 Glorieuses » des Congolais. Ferdinand se dit juste que les Français avaient fait durer leur bonheur beaucoup plus longtemps que les Congolais. »

   
   Alors pourquoi ai-je une drôle d’impression avec ce livre que je me suis procuré à sa sortie ? Si certains passages étaient écrits par d’autres, l’auteur aurait des ennuis avec un certain nombre d’associations bien pensantes. En fait, durant toute ma lecture, j’ai eu une curieuse idée. Si Gauz n’était qu’un paravent, un prête-nom à la Ajar ? Allez savoir, mais de ce livre agréable, drôle (selon moi) mais légèrement anti une seule religion, me reste ce sentiment ennuyeux de m’être fait manipuler par un éditeur malin.

critique par Le Mérydien




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