Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Sur la falaise de Gregor Von Rezzori

Gregor Von Rezzori
  Sur la falaise
  Mémoires d'un antisémite
  Les morts à leur place - Journal d'un tournage

Gregor Von Rezzori est né en 1914 dans une province de l’Empire austro-hongrois qui devait être rattachée 4 ans plus tard à la Roumanie, puis à l’Union Soviétique après la guerre suivante.
Après des Etudes en Europe, il devint écrivain et journaliste, connut le succès et vécut dans de nombreuses capitales d’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis.
C’est l’Italie qu’il choisit finalement pour s’y installer et il y mourut en 1997.

Sur la falaise - Gregor Von Rezzori

« L’artiste n’a pas d’autre objet que lui-même. »
Note :

   «Sur la falaise» est un court roman captivant, un texte étrange, mais où une très grande qualité littéraire anime un style et des sentiments violents voire barbares. C’est un vrai voyage que de se laisser emporter par ces mots et les images qu’ils savent si bien faire naître : « La bande de terre poussiéreuse sur laquelle les oliviers, négligés depuis tant d’années, tentaient de s’arracher avec toutes sortes de contorsions hystériques aux plantes grimpantes… » Et emporter… pas n’importe où car l’histoire et l’ambiance ne sont pas plus anodines que l’écriture.
   
   Pour le récit, on s’interroge. Est-ce une allégorie ? Le héros vit au bord de l’abîme, oui, mais lequel ?
   Et encore, cette alopécie, est-elle un simple accident de la vie, un empoisonnement, par qui ? Ou sinon, que symbolise-t-elle? Ce n’est pas par hasard qu’il est rappelé deux fois que cela donnait à son corps entier l’allure d’un phallus géant. Et dans ce cas, la signification de la fin…
   Mais cette signification pourrait aussi être tout autre.
   Est-ce une fable ?
   Est-ce une histoire policière ? Il y a bien eu meurtre tout de même, enquête, recherche du meurtrier.
   
   Pour l’ambiance, quant à elle et ses ressorts psychologique, on a à peu près tout. Je n’exagère même pas. Un énorme problème oedipien, un dégoût et même une haine des femmes, une peur des sentiments et même des relations sociales, des tendances sado-maso prononcées, une nette homosexualité refoulée, du fétichisme (couteau), une phobie des maladies vénériennes, un don artistique présenté par le personnage lui-même comme artisanat plutôt commercial jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il est tout de même de niveau à faire l’objet d’expositions en galeries d’art et de critiques dans la presse et enfin une fascination pour la viande dont il aime l’aspect rouge et musculeux au point de jauger les choses selon que leur couleur s’approche de celle de la viande fraîche ou non "Elle se moquait de mon émotion devant les symphonies de couleurs dont nous gratifiaient successivement le lever et le coucher du soleil sur ce rocher dominant mer et terre. Je me gardais bien de lui avouer mon malaise de voir s’accomplir la naissance et la mort du jour dans des couleurs qui étaient aussi celles des chair pourries et de l’enfer, et plus secrètement encore, de mes peurs intimes. "
   
   Ajoutez à cela que Gregor Von Rezzori était également connu pour son humour féroce et pas toujours saisi par ses interlocuteurs… et vous n’avez plus qu’à reconsidérer tout l’ouvrage en vous demandant si… mais non. C’est impossible.
   
   Les derniers mots ?
    « Je passe pour un original. Je mets les enfants et les jeunes gens mal à l’aise. On craint généralement mes chiens.»
   Un petit livre plus que riche : magnificent.

critique par Sibylline




* * *