Lecture / Ecriture
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Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman

Stig Dagerman
  Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier - Stig Dagerman

En quête d'une raison de vivre
Note :

   La peur de la mort. Le sens de la vie, ou en d'autres mots, son utilité. Vaste question sur laquelle les hommes sans nombre se sont cassé la tête et les dents. Stig Dagerman, romancier et poète suédois, ne fait pas exception à la règle, lui qui nous livre dans ce texte très bref (une dizaine de pages à peine) ce qui pourrait fort ressembler à un aveu d'impuissance: "Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l'eau ou l'oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu'accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire la vraie car, à la vérité, il n'existe pour moi qu'une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l'intérieur de ses limites." (pp. 15-16)
   
   Refusant les réponses toutes faites, sur le fil du rasoir entre les périls de l'orgie et de l'ascèse, contre la tentation du nihilisme et du suicide (à laquelle il finira par céder), Stig Dagerman s'efforce - presque désespérément - de réaffirmer son désir de vivre et sa liberté d'homme, sans pourquoi, "repos[ant] en lui-même comme une pierre sur le sable" (p. 20). Bien loin d'une réflexion philosophique tirée au cordeau et qui satisfasse la raison et l'intellect de son lecteur, adoptant tour à tour un ton caustique, humoristique ou poétique, Stig Dagerman invite au partage d'une expérience vécue. Expérience du doute, du désespoir et d'une libération éphémère. Expérience paradoxale, déstabilisante, sinueuse, évasive... mais surtout une expérience vivante dans le récit qui en est fait ici, aujourd'hui encore, bien des années après que son auteur se soit réfugié dans le silence puis dans la mort.
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critique par Fée Carabine




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Qui laisse le lecteur ébahi.
Note :

   Voici donc un billet sur le texte de Stig Dagerman et son interprétation par les Têtes Raides. Cela fait plusieurs albums que les Têtes Raides mettent en musique ou reprennent le texte d’un écrivain français ou étranger. Mais celle présente sur leur dernier album est une oeuvre magistrale.
   
   "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" est un texte d'une dizaine de pages. Ce texte a été écrit en 1952, et est le dernier ouvrage publié du vivant de l'auteur suédois, puisqu'il se suicide deux ans plus tard. Ce texte est sombre, qui interroge notre relation à la vie terrestre, et aux petits plaisirs que nous y trouvons, aux "consolations" qui rythment notre existence. Dans ce texte magnifique, Dagerman expose la fatuité de la vie, du travail, de l’écriture, et s’insurge contre ce que l’homme a fait de sa vie: un moment de labeur. Pas de complaisance de la part de l'auteur envers ses congénères ni envers lui-même, comme vous pouvez le voir dans le petit extrait ci-dessous.
   «Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout, mais la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.»
   
   Dix pages lues pour un lecteur lambda, cela fait vingt minutes de musique pour les Têtes Raides, puisque le texte est lu dans son intégralité sur CD… et sur scène! Et c’est une performance extraordinaire. Pendant vingt minutes, ce texte pessimiste nous emporte dans un autre univers, où l'auditeur est bercé par une musique lancinante avant que les saxophones ne fassent monter la rage et la colère. Une première fois, l'orchestre semble prendre l'ascendant sur le conteur, avant de se calmer. Puis c'est une rage terrible qui s'empare de tous les instruments, et qui laisse le spectateur ébahi.

critique par Yohan




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