Lecture / Ecriture
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Mailman de J. Robert Lennon

J. Robert Lennon
  Mailman

Mailman - J. Robert Lennon

Le facteur est sonné (trois fois)
Note :

   Avec son premier roman traduit en France, J. Robert Lennon nous invite à suivre les péripéties très ordinaires mais très perturbées d'Albert Lippincott, un anti-héros pour qui l'insignifiant est source d'une véritable inquiétude et qui passe à côté de la quintessence de la vie.
   
   Il avait pourtant bien commencé, Albert. Alors qu'il devenait un brillant étudiant en chimie, il est pris d'une envie brûlante et psychologique grave, de mordre l’œil de son professeur.
   
   Interné en psychiatrie, ce grand malade atteint de névrose galopante va épouser l'infirmière et se reconvertir en facteur à sa sortie de l'hôpital.
   
   En 2000, devenu Mailman, il est divorcé, vit seul, fait quelques rencontres et aime avant tout se plonger dans la lecture du courrier qu'il subtilise à la distribution lors de sa tournée de facteur. A 57 ans, il plonge inéluctablement dans une débâcle profonde tant sur le plan professionnel que personnel et médical. Le lecteur va ainsi le suivre dans sa dernière et mémorable tournée.
   
   Dans des flash-backs surprenants, Mailman nous dévoile sa vie remplie de vide et d'obsessions, où ses tentatives sociales, par exemple une aide dans l'humanitaire ou un rapprochement avec ses parents, échouent lamentablement. Il passe à côté de tout, insignifiant, transparent, inintéressant.
   
   Lennon nous raconte avant tout une petite ville de Louisiane, Nestor, semblable à beaucoup d'autres aux Etats-Unis, sublime et pathétique où les habitants s'abîment dans un superflu dérisoire. Une ville où la solitude et l'apparence ravagent les êtres quand ils sont trop fragiles, ne leur donnant aucune chance de s'en sortir. Une certaine image de l'Amérique.
   
   Une écriture savoureuse qui réussit à nous rendre sympathique cet homme vide de tout, qui attire les ennuis et qui tout au long du livre, cache son mal être et reste au bord de sa folie.
   
   Utilisant un ton noir humoristique, nous comprenons les fêlures de cet homme et le plaignons.
   
   Un livre qui choque par la démence qui rode, par la folie ordinaire de ce facteur, par la solitude de cet homme qui n'a fait que rater sa vie.
   
   Malgré ses presque 700 pages, ce livre ne se lâche pas et l'on souhaite tendre la main à ce héros décalé dans sa vie.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Causticité cinglée
Note :

    Quoi! Il existerait un autre John Lennon? Celui-ci est américain, né en 1970 (je soupçonne ses parents d'être un peu blagueurs). En tout cas, mis à part la musique -aussi- , il écrit. Et ça décape!
   
   Mailman - Albert Lippincott- est facteur dans une petite ville américaine, quasi obsessionnel dans sa recherche de l'efficacité. Après un mariage raté, il vit seul, enfin, avec des chats. Signe particulier (parmi une multitude de signes particuliers, disons) : il lit certains courriers et les distribue donc parfois en retard : est-il alors responsable du suicide d'un jeune homme?
   
    Mais après tout, ce roman est du genre qui ne se raconte pas. Plongez dans la tête un brin cabossée de Mailman, histoire de prendre un bain de causticité cinglée, qui n'épargne pas le mode de vie américain. Mailman et ses amours, Mailman et les chats (j'adore ces passages!), Mailman à la bibliothèque, Mailman et sa famille (et quelle famille!), bref, j'en passe (et Mailman au Kazakhstan, tiens, si, si!), il y a de quoi ouvrir grand les yeux et s'amuser aussi, un brin inquiet tout de même. Quant à la dernière partie dans le royaume doré des américains âgés (en Floride), c'est quelque chose!
   
    Lennon sait parfaitement rendre Mailman à la fois pathétique, ridicule, sympathique, antipathique, fin observateur de la société. L'humour un brin désespéré affleure partout.
   
   Copieux et jubilatoire.
   
   
    [Mailman lit un article de journal, intitulé "La bibliothèque cambriolée]
   
   "En pleine journée, hier, quelqu'un a arraché le coffre où est stocké l'argent des pénalités de retard. Bien fait pour eux. Jamais il n'a fréquenté de bibliothèque avec une politique de retour aussi tatillonne, ils vous interdisent d'emprunter le moindre livre jusqu'à ce que vous ayez réglé toutes vos pénalités, même si vous n'avez jamais eu de problème auparavant, même si vous ne devez que cinquante cents. Et le jour où vous vous pointez au bureau d'accueil pour régler enfin votre dû, il n'y a personne pour s'occuper de vous et vous êtes obligé de poireauter, ou bien la personne derrière le comptoir vous balance: 'Je ne peux pas m'en occuper maintenant, l'ordinateur est en panne' ou bien 'Je vais vous demander de revenir demain, nous avons déjà comptabilisé les amendes de la journée et il nous est impossible d'en encaisser d'autres.' Sans doute est-ce ce qui s'est passé, quelqu'un a dû venir régler son amende, il n'y avait personne au comptoir et quand il en a eu marre d'attendre, il s'est dirigé vers le coffre pour y glisser l'argent et a pensé soudain: Non, je vais l'embarquer, ce coffre, je le mérite autant qu'un autre. Eh bien, chapeau bas, mec!"

   
   J'aime bien la couverture VO.

critique par Keisha




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