Lecture / Ecriture
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Le son de ma voix de Ron Butlin

Ron Butlin
  Le son de ma voix

Le son de ma voix - Ron Butlin

L'ami dans le placard...
Note :

    Ce roman court de Ron Butlin est une curiosité qui ne m'a pas tout à fait convaincu mais qui ne manque pas d'originalité. Morris Magellan n'a pas quarante ans. Cadre dirigeant d’une biscuiterie en Ecosse, il vit avec une femme qui l’aime, dont il a deux enfants, et possède une maison confortable. Tout va plutôt bien pour lui. Mais voilà, Magellan* a une faille, qui peut être terrible. C'est un alcoolique chronique et sa dépendance est immense. Ce n'est pas un fêtard et on comprend très vite que toute rédemption sera impossible. Morris est depuis longtemps au stade où sa vie n'est possible ni avec, ni sans l'alcool. Avec son humour et son désespoir le récit est d'une absolue noirceur et renvoie au "John Barleycorn" de Jack London et à "Sous le volcan" de Malcolm Lowry, références absolues sur ce thème, constats hallucinants d'une dégradation, cliniques et méthodiques.
   
    Parfois drôle mais souvent cauchemardesque "Le son de ma voix" est très curieusement construit puisque s'adressant à Morris lui-même, par le biais du pronom personnel "tu". Un peu désarçonné au début on s'immisce ainsi dans la vie de Morris, dans ses états d'âme et ses faiblesses, ses pusillanimités sont un peu les nôtres. Et surtout on a l'impression de vivre avec le John Barleycorn de London, à tout moment et en tout lieu. L'alcool est bel et bien un personnage clé. Il n'endosse jamais la défroque du joyeux compagnon qui vous fait voir (un peu) la vie en rose. Pas plus que la robe sentencieuse d'un diable ou d'un magistrat sinistre qui va vous étendre au tapis pour le compte. Non, simplement, il est là, et je ne sais même pas comment Ron Butlin parvient ainsi à le faire vivre. Si ce n'est que le terme boue, boueux, nous est allègrement infligé à forte dose, et que j'ai trouvé ça génial. Le son de ma voix est ainsi le roman de la boue, le grand roman de la boue, celle qui désagrège l'homme, l'homme aux semelles de bourbe, que John Barleycorn détruit de toute sa hargne, parfois un brin séduisante, il nous faut bien l'admettre. "Le son de ma voix", là, sur l'étagère qui brûle un peu, tout près de "La faim" de Knut Hamsun. Et, pas loin, le placard.
   
   
   * P.S. Ceux qui penseraient que ce Magellan auraient l'esprit détroit ne sont que des cap-horniques chroniques qui confondent eau de feu et Terre de Feu.

critique par Eeguab




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