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Eloge des femmes mûres: Les souvenirs amoureux d'Andras Vajda de Stephen Vizinczey

Stephen Vizinczey
  Eloge des femmes mûres: Les souvenirs amoureux d'Andras Vajda
  Un millionnaire innocent

Stephen Vizinczey est né en Hongrie en 1933.

Il a vécu dans ce pays, satellite du bloc soviétique, et y fit ses études jusqu’au soulèvement de Budapest auquel il participa et après l’écrasement duquel il dut fuir le pays. Il émigra jusqu’au Canada où il s’installa.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Eloge des femmes mûres: Les souvenirs amoureux d'Andras Vajda - Stephen Vizinczey

Un livre tendre
Note :

   On croirait que ce livre a été écrit hier. Il le pourrait en effet, tout à fait. Mais il l’a été il y a 40 ans. (1965, même s’il n’a été publié en France qu’en 2001)
   On croirait que ce livre est né best-seller et que c’est ainsi qu’il a été édité et vendu aux millions (je confirme «millions») de lecteurs qu’il a eus.
   Et pourtant il n’en est rien. Le contraire, plutôt. Quand Stephen Vizinczey écrivit son livre il y a donc 40 ans, il ne trouva personne pour l’éditer. Il était seul à se croire écrivain. Si bien que finalement, la première édition se fit à compte d’auteur.
   
   Depuis, on a beaucoup parlé de ce roman-là, au point que pour être en mesure d’en parler à mon tour, il faut d’abord que je parvienne à oublier tout ce que j’ai lu et entendu à son sujet. Non pas que cela me semble particulièrement faux ou juste, mais plutôt parce que ce que j’ai lu moi est … autre. C’est bien vrai que tout livre est différent pour chacun de ses lecteurs.
   
   Je pense d’abord qu’on en a beaucoup parlé parce que le sujet en est ostensiblement le sexe et que c’est là un thème qui a partout, toujours, beaucoup de succès. Et pourtant, cet angle là est si évident que ce n’est pas celui qui a capté le plus mon attention.
   
   Le héros, András Vajda, qui nous raconte son histoire est-il Stephen Vizinczey ? S’il ne s’agit pas exactement de lui, il y a fort à parier qu’ils sont tout de même bien proches l’un de l’autre. Bien, bien proches.
   
   Vajda nous raconte sa jeunesse. Né en Hongrie, son père est tué par des nazis alors qu’il est encore tout enfant et c’est pour lui, très jeune un long exode, la fuite, la misère et l’obligation de pourvoir seul à sa survie. Il y parvient et très tôt un de ses principaux centres d’intérêt, si ce n’est le principal, se révèle être les femmes. Diverses expériences l’amènent rapidement à préférer l’expérience des femmes d’âge mûr.
   
   J’ai trouvé que, pour une femme, ce livre est vraiment riche d’enseignements. Nous ne comprenons ordinairement pas plus les hommes qu’ils ne nous comprennent et ce d’autant que toute une série de conventions et d’obligations fait qu’il n’est pas conseillé de livrer franchement le fond de nos pensées. Pour une fois, nous trouvons ici une sincérité de récit qui touche et renseigne énormément. Il n’y a pas de faux semblant, ni affirmation, ni négation de la virilité et aucune notion de péché ne vient biaiser le ressenti. Ce jeune homme est frais, sain, intelligent et fort décidé à être heureux.
   
   Autres choses très intéressantes dans ce livre : le temps et le lieu. Il donne à voir se tisser à l’arrière plan l’histoire de la Hongrie stalinienne au temps de la guerre froide, à cette époque où pratiquement n’importe qui, surtout chez les intellectuels, pouvait à tout moment être arrêté et disparaître alors à tout jamais.
   Malheureusement, l’on tombe vers le dernier tiers sur une vingtaine de pages de pure Histoire de la Hongrie qui sont loin d’être inintéressantes ou ennuyeuses à lire, mais qui font vraiment « pièce rapportée ». On y apprend certes sur ce pays des choses qui nos permettent de mieux comprendre la situation au moment des faits, mais je pense justement que le livre aurait eu une autre puissance si cette Histoire avait plutôt été distillée tout au long du récit, mêlée, au moins par sa pensée, aux aventures d’ András Vajda.
    L’histoire d’Andras ira du début du nazisme en Hongrie jusqu’à l’insurrection de Budapest en 1956, à laquelle il prendra activement part et qui l’obligera à quitter le pays, une fois encore sous les balles. En fait, elle ira même un peu plus loin, jusqu’à son arrivée au Canada après un passage à Rome. Et tout au long de ce chemin, un nombre assez conséquent de femmes, quelques unes jeunes, d’autres moins…
   
    Vizinczey plaide que c’est le désir de conquête sexuelle qui pousse l’homme à être curieux et à aller vers l’autre, à être tolérant envers l’autre, à désirer connaître le monde et à voyager.
   Il plaide d’autre part, l’avantage des amours adultères. Il dit qu’il ne recherchait que de la tendresse pure et simple et qu’il fuyait toutes celles qui lui faisaient craindre des complications, des attachements intempestifs. Les femmes mariées étaient donc celles qui lui convenaient le mieux et pour elles, l’avantage était qu’elles n’avaient pas à craindre que j’exige une contrepartie à leur plaisir. Elles pouvaient m’étreindre à leur aise sans se voir ensuite contraintes de laver mes chaussettes. »
   
   Pour finir par un mot sur le style, l’ Eloge des femmes mûres est de ces livres qui donnent l’impression de se lire plus rapidement que les autres. Le texte n’en est pas dense. Il est léger, aérien, au contraire, comme une mousse. Il est des écritures comme cela, fluides et vaporeuses. C’est très agréable.
   
   Conclusion : A lire, si vous ne l’avez déjà fait.

critique par Sibylline




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