Lecture / Ecriture
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Enquête sur Hamlet de Pierre Bayard

Pierre Bayard
  Il était deux fois Romain Gary
  Les dénis de l'histoire. Europe et Extrême-Orient au XXe siècle
  Comment parler des livres que l'on n'a pas lus?
  Et si les œuvres changeaient d’auteur
  L'affaire du chien des Baskerville
  Enquête sur Hamlet
  Aurais-je été résistant ou bourreau ?

Pierre Bayard est un universitaire et psychanalyste français né en 1954.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Enquête sur Hamlet - Pierre Bayard

Le dialogue de sourds
Note :

   Dans la veine de "Qui a tué Roger Ackroyd?" et "L’Affaire du chien des Baskerville", Pierre Bayard avait aussi mené ses investigations à propos d’Hamlet.
   
   Si, pour les deux autres il s’agissait de revenir à une affaire classée, il n’en est pas de même pour Hamlet. Son langage métaphorique, fourmillant d’expressions colorées, ses formules à sens multiples suscitent des débats toujours renouvelés.
   
   Pourtant, l’on admet généralement que le meurtrier d’Hamlet-père dans la pièce de Shakespeare est Claudius, son frère, qui l’aurait assassiné pour épouser Gertrude et s’emparer de la couronne.
   
   Pas si simple…
   
   En 1917 un enseignant John Dover Wilson lit un article d’un confrère spécialiste d’Hamlet, Walter Greg, qui relève une bizarrerie, un élément illogique : lorsque la troupe de comédiens ambulants joue sur la demande d’Hamlet, "Le meurtre de Gonzague", une pièce dont l’intrigue est similaire au meurtre de son père, Claudius tarde à réagir à cette représentation. Il ne réagit même pas du tout à la pantomime qui précède la pièce laquelle reprend l’intrigue de façon très semblable et fort directe.
   
   A partir de cette incohérence, dans une pièce qui fourmille d’énigmes, Walter Greg en relève d’autres qui vont dans le même sens. Claudius n’est pas forcément coupable. Cette hypothèse invite à une relecture de la pièce. D’ailleurs Dover Wilson, choqué, va écrire à son tour un livre ("Pour comprendre Hamlet"). Pour réfuter un simple article, cet enseignant, Dover Wilson va remuer ciel et terre et fouiller toutes les bonnes bibliothèques pour trouver des arguments contrant les objections de Greg. Ses remarques le gênent énormément. Il dira "s’être senti effondré".
   
   Pierre Bayard reprend les arguments de Greg, et en tire des conclusions nouvelles, peut-être inédites. En même temps qu’il progresse dans la relecture d’Hamlet, Pierre Bayard examine ce qu’il appelle "un dialogue de sourds", soit la façon dont les différents commentateurs d’Hamlet, à une même époque, et dans le même ordre d’idées, parlent du texte de façons si différentes que l’on ne dirait pas qu’ils ont lu la même pièce.
   "Enfermés dans des bulles sans communication possible, les critiques, telles des monades de Leibniz, discuteraient principalement -et même cette hypothèse devient douteuse dans le champs freudien– avec eux-mêmes."
   
   Comment s’élabore une lecture critique, comment choisit-t-on les passages que l’on sélectionne, à partir de quelles théories va-t-on lire le texte, c’est ce qui fait l’objet de l’enquête, au même titre que la nouvelle lecture d’Hamlet. L’essai est à la fois sérieux et bien documenté (en particulier, on ne s’en étonnera pas, sur les lectures psychanalytiques), et ludique puisque à chaque étape, l’auteur nous livre un argument supplémentaire pour élucider l’affaire Hamlet.
   
   Bien sûr, on sera étonné, aussi bien par la progression de l’élucidation, que par les conclusions sur la critique. Rien de pire que d’essayer de communiquer, de faire semblant de se comprendre, semble-t-il…
   
   Vous aurez envie de relire la pièce, en anglais, et en traduction, afin de vérifier un certain nombre de points. Personnellement, je n’y suis pas parvenue, car mon texte de "Signet Classics" ne propose pas la même version (avec les mêmes mots) que celle de Pierre Bayard. D’ailleurs la lecture d’Hamlet en anglais, même avec une traduction, n’est pas une petite affaire!
   
   Bref, dans cet opus, je me suis instruite sur différentes lectures d’Hamlet et sur les conditions d’une lecture critique valable. Les remarques de Bayard sur Hamlet sont intéressantes, et témoignent d'une volonté de dépasser les préjugés et d'interroger l'image du héros, et la tendance à l'idéalisme de certains lecteurs. Ce qui est une bonne chose. Tout de même, réhabiliter Claudius, c’est un peu gonflé de sa part, mais avec lui, on est habitué!

critique par Jehanne




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