Lecture / Ecriture
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Un homme, ça ne pleure pas de Faïza Guène

Faïza Guène
  Ados: Kiffe kiffe demain
  Les gens du Balto
  Un homme, ça ne pleure pas
  Millenium Blues

Faïza Guène est une écrivaine et réalisatrice française, née en 1985.

Un homme, ça ne pleure pas - Faïza Guène

Un peu superficiel
Note :

   Nous découvrons le narrateur, Mourad, alors qu'il est un enfant d'une famille d'origine algérienne vivant en France ; et nous le suivrons jusqu'à sa trentaine. C'est petit garçon entre deux sœurs, l'une, Mina, qui restera dans la coutume (trop, mais cela lui réussira assez bien), l'autre, Dounia, qui s'émancipera (trop également, et cela ne lui réussira pas tellement). Faut-il y voir un message? Je le crains. Car le sort de Mina ne semblera jamais problématique à Mourad, contrairement à celui de Dounia.
   
   Ce n'est pas facile d'être français, d'origine algérienne. Ce n'est pas facile non plus -pour personne d'ailleurs- de se faire une place dans la société. Mourad, qui réussit bien dans ses études, deviendra prof de lettres. C'est cette familiarité avec la plume sans doute, qui l'amènera à nous conter ainsi l'histoire de sa famille et les différentes trajectoires de ses membres. Le père, cordonnier illettré, la mère plus qu'abusive, tous deux armés des meilleures intentions, mais on sait que l'enfer en est pavé. Mina ne fera pas d'études. Elle restera la fille préférée car bien docile et répondant parfaitement aux attentes, épousant "dans sa communauté", ayant des enfants, restant près de sa mère... Dounia au contraire refusera mariage et enfants, deviendra avocate, mènera même une carrière politique (que l'auteur dévalorisera). Le fils semblera incapable d'échapper à l'empire de sa mère, et ne jamais s'en rendre vraiment compte. Il reproche fort aux autres leurs certitudes (et avec raison) sans voir qu'il en a autant. Son attitude floue et expectative de jeune homme ouvert, n'est qu'un vernis sous lequel il n'y a pas à creuser longtemps pour heurter un mur... de certitudes. Or on dirait que F. Guène s'est mise si complètement derrière son personnage principal qu'elle ne lui voit plus de nuances. Il semble n'avoir jamais tort et personnifier la vision juste et le bon droit, alors que son lecteur, moi en l’occurrence aujourd'hui, ne partage pas forcément cette vision des choses.
   
   Ce que j'ai apprécié dans ce livre : l'écriture orale facile et fluide qui emmène son lecteur d'un bout à l'autre sans le lasser, et en l'amusant au contraire de nombreuses images originales (par exemple : "fondu aussi vite que les rêves d'un funambule qui apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson" -je n'ai pas dit poétique, j'ai dit original-)
   
   Ce que j'ai regretté : de ne pas retrouver cette originalité dans les personnages, on a vraiment des archétypes. J'ai regretté aussi le manque de profondeur et d'analyse : on nous livre des saynètes peu étonnantes et superficielles, en nous laissant en tirer nos conclusions qui seront, n'en doutons pas, peu étonnantes et superficielles itou. Par exemple, on discute vivement sur l'autorisation du port du voile à l'école, mais on ne s’interroge pas sur le fait que les femmes puissent avoir à se couvrir la tête. Par exemple encore, le titre : soutenir mordicus qu'un "homme, ça ne pleure pas" en montrant comment il peut quand même être amené à le faire, c'est un tel lieu commun!
   
   En conclusion, je pense que c'est un livre qui trouvera sans peine un large lectorat car il est facile, agréable à lire et consensuel. On en sort avec une bonne conscience égale à celle de Mourad. Tout cela est très satisfaisant. Mais non, on n'en sort pas meilleur.

critique par Sibylline




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