Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le Dieu scorpion de William Golding

William Golding
  Sa Majesté des Mouches
  Chris Martin
  Chute libre
  La Nef
  La Pyramide
  Le Dieu scorpion
  L'envoyé extraordinaire
  Parade sauvage
  Trilogie maritime / 1 - Rites de passage
  Cible mouvante
  Les Hommes de papier
  Journal égyptien
  Trilogie maritime / 2 - Coup de semonce
  Trilogie maritime / 3 - La cuirasse de feu
  Arieka

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2014

William Golding est né à St-Columb-Minor, en Cornouailles, en 1911.

Après des études au collège de Marlborough et à Oxford, il choisit d'enseigner, comme son père .

Il se marie en 1939, est mobilisé en 1940 dans la marine et participe au débarquement en Normandie .

De 1945 à 1962, il est professeur d'anglais à Salisbury .

Après le succès de "Sa Majesté des Mouches", il se retire à la campagne, où il se consacre entièrement à son œuvre littéraire .

William Golding a reçu le prix Nobel de littérature en 1983 «pour ses romans qui, avec la clarté de l’art narratif réaliste et avec la diversité, l’universalité du mythe, illustrent la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui».

Il est décédé en Angleterre en 1993.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Dieu scorpion - William Golding

Voyages dans le temps
Note :

   Avec ce recueil de trois longues nouvelles associant Antiquité et Préhistoire, le lecteur a d'abord affaire au Golding faiseur de mythes, plutôt qu'au bouffon des “Hommes de papier” et du “Journal égyptien”.
   
   Le recueil s'ouvre sur le texte éponyme : “le Dieu Scorpion”, récit d'une fin de règne d'un pharaon nommé Grande Maison en respect de l'étymologie. Le pharaon est un dieu sur terre, responsable d'empêcher le soleil de tomber et de faire monter l'eau du fleuve jusqu'à "l'Entaille de l'Abondante Nourriture" plutôt que jusqu'à "l'Entaille de l'Absolue Calamité" qui verrait le monde entier submergé. C'est pourquoi Grande Maison court, s'épuisant à travers son royaume entre les falaises, suivi de son ministre Menteur, tandis que sa fille Jolie Fleur se prépare à l'inceste royal et que le jeune Prince se dit qu'il ne tient pas à être un Dieu à son tour. Ce qui pourtant advient très vite.
   
   Le second texte, “Crac-Crac” (en anglais “Clonk Clonk”) ose un grand voyage dans le temps où l'homme était un chasseur émérite et n'avait pas encore inventé la propriété foncière ni la poterie. Tandis que les Hommes Léopard affrontent les bêtes féroces et triomphent des dangers de la nature, le nommé Eléphant-qui-charge exclus du groupe pour cause de cheville blessée, rencontre Palme, "la Nommeuse de Femmes", en quête d'un amant. Ça se passait près des Sources Chaudes cent mille ans avant l'éruption du volcan.
   
   Le recueil se termine avec “L'Envoyé extraordinaire” où l'on voit l'Empereur romain, bavarder avec son petit-fils — "Sais-tu, Mamilius, que la Chine est un empire plus vaste que le nôtre?" — et puis recevoir un inventeur, le génial Phanocle, accompagné d'Euphrosyne sa sœur voilée. Plus tard, l'Empereur fait échouer le retour putschiste de Posthumus, son successeur désigné, alerté par le rapport d'un espion sur les expériences dangereuses dudit Phanocle. L'écrivain répond ici à la fameuse question de l'absence de progrès technique à l'époque romaine, mais il y répond avec humour. Phanocle a tout inventé : l'imprimerie, l'autocuiseur, l'arme à feu, et le navire à vapeur! Equipée de l'arme secrète, l'Amphitrite est un étonnant prototype en cours d'essais dans le port de guerre proche du Vésuve quand revient d'Illyrie l'escadre de Posthumus. Un chaos remarquable éclate alors dans la base navale, grâce à la malice du vieil Empereur et à la complicité d'Euphrosyne. Il faut donc récompenser Phanocle tout en écartant du monde romain la menace du progrès technique. "Phanocle, mon cher ami, je veux que tu ailles en Chine". Et après ça, on irait dire que l'Empire du Milieu a tout inventé...
   
   Ce livre est une démonstration des talents divers de William Golding! On y trouve tous les registres, le tragique comme le burlesque. Ce n'est pas pour autant qu'on en fera un livre-culte. Avec l'histoire égyptienne, le lecteur s'inquiète du sort des personnages beaucoup plus que dans le récit des temps préhistoriques et l'on en vient à rire franchement avec l'aventure romaine tant pour ses allusions que son air de James Bond antique. Evidemment, le lecteur s'interroge sur le classement des trois textes en contradiction avec leur époque de référence. Ma réponse est que l'Egypte attire vraiment l'auteur britannique et que ce texte, le plus ancien des trois, date de 1956 à l'époque où... Lawrence Durrell, un autre passionné d'Egypte, entamait son “Quatuor d'Alexandrie”.
   ↓

critique par Mapero




* * *



Trois nouvelles...
Note :

   … d'égale longueur (70 pages) constituent ce recueil. Toutes se situent dans le passé (Egypte, Préhistoire et empire Romain).
   
   Le dieu scorpion met en scène un pharaon. Au bout de la lecture du livre, j'avais déjà tout oublié du thème de cette première nouvelle. Mis à part qu'un des personnages était le Menteur... Et que le style était original avec des idées qui fusaient... Ce qui est maigre...
   
   Crac-crac, nouvelle préhistorique, est bien plus accrocheuse. Alors que femmes et hommes vivent dans des grottes séparées, femmes abeilles et hommes léopards, Palme la femme lorgne la tribu en contrebas... A la faveur d'une cheville cassée, celle du nommé Crac-crac, et d'un remède bien choisi, va se jouer la comédie préhistorique de l'amour (qui est la même que l'historique par ailleurs...). L'auteur s'amuse et nous avec, jouant des codes préhistoriques pour raconter les jeux de la séduction...
   
   L'envoyé extraordinaire met en scène un empereur et son petit-fils. Ce dernier ne s'intéresse que peu à la succession et au pouvoir. Il semble s'ennuyer. Arrive Phanocle, inventeur qui propose à l'empereur la construction d'un bateau à vapeur, d'une cocotte-minute et même de l'imprimerie. La réflexion s'organise autour du thème du progrès... Conséquences sur les réactions d'un neveu ambitieux des découvertes de l'inventeur... Et aussi une histoire d'amour, pleine de faux semblant, qui révèle une idée particulièrement peu romantique des affres de l'amour...
   
   Au final, je n'ai pris que peu de plaisir à la lecture des 3 nouvelles, j'ai eu beaucoup de mal à suivre le fil et à comprendre où voulait nous amener Golding. Cependant l'écriture m'a plu et j'irai certainement voir du côté de ses romans plus connus...
   ↓

critique par OB1




* * *



La dernière ligne qui tue
Note :

   Trois nouvelles dans ce recueil, de longues nouvelles. La première a donné son titre au recueil.
   
   Un point commun pour ces trois nouvelles ; elles se situent toutes trois en des époques reculées, des époques que William Golding n’a pu connaître.
   
    Corollaire du point commun ; elles sont écrites avec un tel naturel et un tel luxe de détails, physiques, comportementaux, qu’on ne peut rester que béat d’admiration devant la virtuosité de William Golding. N’était la troisième et dernière nouvelle, je lui aurais donné la note la plus haute. Détaillons :
   
   Le Dieu scorpion : Egypte ancienne, du temps des Pharaons. William ne réécrit pas une énième aventure imaginée du temps des Pharaons et agrémentée de références historiques comme le ferait un Christian Jacq. Que nenni ! William Golding se place délibérément dans cette époque, installe une problématique et nous décrit ce qui se serait déroulé – ce que William Golding pense qu’il se serait déroulé – dans le contexte historique et géographique. Et dans le contexte de l’Egypte ancienne, l’histoire racontée est très troublante : un rêve éveillé, dont on sait qu’il n’est pas vrai, mais qui s’inscrit dans la réalité. En outre cette longue nouvelle est de nature à passionner les égyptophiles…
   
   Crac-crac : Non, ce n’est pas ce que vous pouvez imaginer! "Crac-crac" est une nouvelle envoutante et poétique qui se déroule, elle, en des temps préhistoriques. Ni plus, ni moins (si vous croyez que la difficulté faisait reculer William Golding!). Et on y est, et son postulat de base est intéressant et brosse un tableau inattendu sans être pour autant iconoclaste ou délirant… Non, "Crac-crac" fait référence à une cheville en vrac d’un chasseur préhistorique, pour rassurer les âmes chastes! Cela dit, l’intérêt de cette nouvelle ne réside pas dans son positionnement dans l’ère préhistorique mais bien, comme la précédente, du schéma de base placé dans le contexte préhistorique. Bluffant!
   
   L’envoyé extraordinaire : Celle-ci m’a laissé moins convaincu et me semblait abaisser le niveau global jusqu’à ce que… je lise la dernière ligne, juste la dernière ligne! Une trouvaille génialissime qui me fait dire que William Golding aurait mérité le Nobel de Littérature. (D’ailleurs… il l’a mérité!)
   Si je vous cite cette dernière ligne, vous hausserez tout au plus un, peut-être deux, sourcil. Elle ne prend tout son sel que dans le contexte que représente le corps de la nouvelle. Néanmoins..., peut-être parce qu’il est audacieux d’imaginer qu’un Grec tendance lauréat du Concours Lépine (!) ait pu imaginer utiliser la vapeur à des fins culinaires (autoclave) ou motrices (chaudière) au temps de la Rome antique? J’ai eu du mal, là. Oh, non pas avec l’art de prendre des contrechants, des contrepoints toujours aussi élégants avec l’histoire (avec un h et H) proprement dite – ça c’est la touche Golding – non, plutôt avec l’anachronisme que cela représente.
   Mais il y a cette dernière ligne. Qui tue!

critique par Tistou




* * *