Lecture / Ecriture
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Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote

Truman Capote
  Un été indien
  Dès 10 ans: L'invité d'un jour
  De sang froid
  Petit déjeuner chez Tiffany
  Musique pour caméléons
  Prières exaucées
  La traversée de l'été
  Un arbre de nuit et autres nouvelles.
  Des cercueils sur mesure
  Un Noël
  Un plaisir trop bref

Truman Capote est le nom de plume de Truman Streckfus Persons, écrivain américain né en 1924 et décédé en 1984.

Petit déjeuner chez Tiffany - Truman Capote

4 nouvelles
Note :

   Quatre nouvelles dans ce recueil, la principale et plus longue étant celle qui a donné le titre à l'ouvrage.
   
   Holly Golightly est une étoile filante. Le genre de femmes qu’on cotoie sans les saisir réellement. Qui éblouissent, fascinent et qu’on ne comprend pas. D’un autre monde, extra-terrestre. C’est ce qu’est Holly Golightly pour Fred, jeune écrivain qui croit à tout sauf en son talent. Il va devenir fasciné par Holly, s’y brûlera un peu les ailes (pas trop), et perdra la trace de l’étoile filante depuis longtemps passée de l’autre côté de la Terre.
   « - J’ai laissé en bas un type absolument terrifiant, me dit-elle, passant de l’échelle de secours dans ma chambre. Je veux dire qu’il est charmant quand il n’est pas saoûl, mais qu’il se mette à écluser, et vous parlez d’un sauvage ! S’il y a une chose que je déteste ce sont les types qui mordent ! » Elle écarta son peignoir de flanelle grise de son épaule pour me montrer ce qui arrive quand un type vous mord. Elle ne portait rien d’autre que ce vêtement. « Je suis navrée de vous avoir fait peur, mais quand cette brute a commencé à m’ennuyer, je suis tout simplement passée par la fenêtre. Il doit croire que je suis dans la salle de bains … »
   
   Il y a donc des personnages extravagants, des situations tout aussi extravagantes, mais racontées par Truman Capote, et donc hautement sympathiques. Car il est persuasif Truman Capote, doué comme personne pour faire surgir devant vos yeux des décors, des situations, des personnages. Hypotypose.
   
   Les trois autres nouvelles sont aussi des météores à leurs manières ; courtes et fulgurantes. Haïti, une prison américaine, l’Amérique profonde en sont les décors.
   
   Un écrivain très cinématographique.
   ↓

critique par Tistou




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Diamonds are a girl’s best friends
Note :

   Avec ce court roman écrit à la première personne, Truman Capote signe le livre le plus authentiquement américain qui soit. Hollywoodien, devrais-je dire. Impossible de ne pas voir une actrice à la Audrey Hepburn lorsque Holly Golightly se met à jacasser. Ne vous méprenez pas : je n’ai pas vu le film et n’ai pas revu ses scènes au tournant de chaque page de mon précieux petit roman. Mais je ne suis pas sure non plus de le voir à l’avenir, de peur de gâcher le souvenir de cette lecture si fraîche et si vivante.
   
   La pétillante Holly donne au récit son ton dynamique, aussi instable - et insupportable – soit-elle. Chaque intervention de cette petite brunette maigrichonne est un flot de paroles intarissables qui rappelle immédiatement tous ces vieux films hollywoodiens où les héroïnes rivalisent de superficialité et de monologues surexcités. Seulement, là où le cinéma en fait parfois un peu trop, Truman Capote réussit un coup de maître avec ce récit brillant et incisif. Les dialogues mêlent langage courant et beauté des mots. La narration est fluide, le style simple et élégant.
   
   Le narrateur, un écrivain qui n’est pas sans rappeler un certain Truman, apporte quant à lui une touche d’ombre au récit. S’il est au final plus équilibré et sans doute moins malheureux que la frivole Holly, ce narrateur se pose en observateur privilégié, parfois intrus, parfois voyeur, toujours étrangement réservé lorsque l’on considère le tourbillon dans lequel sont entraînés les personnages qui gravitent autour de Holly.
   
   Ma première rencontre avec Truman Capote s’est donc soldée par un coup de foudre. Chroniqueuse KO prête à poursuivre son aventure trumanienne prochainement !
   ↓

critique par Lou




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Premier pas dans l'univers de Truman Capote
Note :

   Holly Golightly est une jeune cover-girl, pétulante, excentrique, buvant sec, joueuse de guitare qui fréquente la « jet-set » new-yorkaise. Dans son immeuble vit un écrivain en herbe, le héros. Leurs chemins vont se croiser et une amitié se nouera...le narrateur de l'histoire tombera peu à peu amoureux de la belle évaporée.
   
   Dans cette longue nouvelle, Truman Capote dresse un portrait ironique de la société branchée du New York de la seconde guerre mondiale: un milliardaire «play-boy», aux allures d'enfant qui refuse de grandir, croise un diplomate brésilien, un agent théâtral d'Hollywood, une cover-girl au léger bégaiement, un avocat de mafioso, un mafioso emprisonné à Sing-Sing, des noceurs plus ou moins bruyants, un mari oublié et un patron de bar.
   
   On ne peut s'empêcher de penser aux paillettes des stars et starlettes de cinéma hollywoodiens, à ces solitudes qui se noient dans d'innombrables amitiés plus ou moins sincères. Le tourbillon des fêtes fait tourner les têtes et saigner les coeurs malgré les carapaces glacées que certains érigent pour se protéger.
   
   Quand on connait l'amitié portée à Marilyn Monroe par Truman Capote, le personnage d'Holly G. ressemble étrangement à cette dernière: une femme adulée, attirante, sexy qui cache une blessure de l'âme et une fragilité émouvante. Holly G. est une petite fille perdue, à la recherche d'un chez-elle, en quête d'elle-même: elle n'est installée que provisoirement dans son appartement où les valises et les cartons servent de commodes ou de tables. Même son chat ne porte pas de nom...Holly ne lui en donnera un que le jour où elle aura trouvé son point d'ancrage, le jour où elle se trouvera.
   
   Holly est partie, très jeune, de chez elle pour voler de ses propres ailes: elle deviendra l'épouse d'un vétérinaire texan père de quatre enfants. Elle les quittera sans un regard en arrière, comme elle quitta la maison familiale: sa quête d'elle-même passe par un intense besoin de liberté.
   
   Holly qui parfois a des accès de violence inattendus, comme si son mal-être ne pouvait s'exprimer que dans les cris et la vaisselle cassée. Que sont les fêtes, les noceurs, les dollars quand on est brisé à l'intérieur? D'éphémères palliatifs qui s'enfuient au premier faux pas, au premier déboire, à la première erreur: enfui José, le diplomate brésilien, partis les amis Rusty Trawler et Mag Wildwood, le play boy milliardaire et la copine cover-girl, dès qu'Holly se retrouve compromise dans sa relation avec le mafioso détenu à Sing-Sing! Lorsqu'un ami a maille à partir avec la police, tout ce joli microcosme de fêtards nantis se retrouve aux abonnés absents... les sourires se figent et les appuis partent en fumée, seuls restent la solitude ou le départ vers un ailleurs inconnu et lointain.
   
   J'ai aimé cette Holly déchirée, fragile se cachant derrière ses lunettes noires, aimant les diamants de chez Tiffany mais ne pouvant s'offrir que des cartes de visites. J'ai aimé les présences discrètes mais essentielles de la guitare et du chat sans nom ainsi que l'écriture légère mais acérée de Truman Capote.
   
   Trois nouvelles terminent le recueil: « La maison de fleurs » « La guitare de diamants » et « Un souvenir de Noël ».
   « La maison de fleurs » transporte le lecteur à Haïti où Ottilie, à l'accent chantant du Sud, se retrouve seule à la mort de sa mère et après retour en France de son père. C'est l'occasion d'un autre portrait de femme, forte et fragile à la fois surtout quand l'amour s'en mêle. Truman Capote peint les atmosphères fiévreuses des combats de coqs, la présence des esprits, la magie venue de la lointaine Afrique.
   
   « La guitare de diamants » est l'histoire d'une amitié masculine platonique mais aussi celle d'une évasion. L'évasion du monde carcéral grâce à la musique, seul dérivatif au sein du pénitencier pour les bagnards derrière celle effective d'un prisonnier qui abandonnera sa guitare sertie de diamants (que valent des diamants auprès de la liberté? Absolument rien!). Guitare reliant celui qui reste à la terre, la terre si importante, si précieuse pour les gens du Sud (on se rappelle le geste de Scarlett O'Hara serrant une poignée de terre de Tara!).
   
   Enfin, « Un souvenir de Noël », récit empreint d'une immense nostalgie. Le narrateur se souvient du petit garçon, Buddy, de 7 ans qu'il a été et de son amie, une vieille dame, au moment de Noël, période féerique. La nouvelle commence comme un conte, les senteurs épicées de Noël embaument la lecture, le parfum de résine du sapin prend de l'ampleur, les pièces durement gagnées et économisées sont sorties du porte-monnaie... le rituel, annuel, des cakes aux fruits revient. Cette joie dure jusqu'à ce que ce «ceux qui savent tout» séparent le petit garçon et la vieille dame. Une très belle histoire d'amitié entre deux êtres que les années séparent sans pour autant les éloigner l'un de l'autre. Une histoire à l'air et aux senteurs de conte qu'on lit avec tendresse.
   
   Truman Capote dresse des portraits attachants de personnages aux histoires personnelles singulières. Une nostalgie court sous sa plume donnant une douceur pastel au passé: les narrateurs se souviennent de leurs hiers les plus beaux. La quête du bonheur est une entreprise longue et ardue même si les fragances de Noël ou les notes de musique estompent les aspérités du chemin.
   
   Une rencontre qui ne laisse pas indifférent le lecteur... celui-ci en redemande!!!
   ↓

critique par Chatperlipopette




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À la manière de…
Note :

    Une pauvre gosse paumée, qui a fui sa famille à l’âge de quatorze ans. La vie ne l’a pas épargnée, son cœur y est resté. Alors elle parade, sous l’aile protectrice de fortunés amants, ou prétendants. Elle mène une vie frivole masquant les moments d’errance. Insouciante, disant“I don’t want to own anything until I know I’ve found the place where me and things belong together” (Je ne veux rien posséder jusqu’au jour où je saurai que j’ai trouvé l’endroit où les choses et moi nous appartenons). Le pire c’est l’angoisse, “la boule” (“The mean reds”, when you are afraid of something, but you don't know what it is), quand elle a peur de quelque chose sans savoir ce que c’est.
   
    Alors elle s’accroche, à la vie, à ses frasques de femme-enfant, enfant-femme, à son frère qu’elle ne voit qu’en souvenir, à son ami qu’elle a surnommé “Fred” et qui n’est autre qu’un jeune auteur (Truman Capote, le narrateur) dont on ne saura jamais le véritable nom. Et surtout à la sensation qu’elle éprouve en entrant pour un “Petit-déjeuner chez Tiffany”, “ the quietness and the proud look of it; nothing very bad could happen to you, not with those kind men in their nice suits, and that lovely smell of silver and alligator wallets” (cette tranquillité, ce cadre majestueux ; il ne peut rien vous arriver de mal, là-bas, pas avec ces hommes charmants dans leurs jolis costumes, et cette merveilleuse odeur d’argenterie et de portefeuilles en alligator). Vous voilà face à Holly Gollightly, du moins c’est ainsi qu’elle se fait appeler. Mais qu’est-ce qui la pousse ainsi ? Échapper à son passé ou traquer un bonheur intangible ?
   
    Il aurait pu s’agir d’un énième portrait d’une môme égarée, cover-girl à ses heures perdues, mais sous la plume de Truman Capote, on imagine une fresque, enroulée sur elle-même, et que l’on déploie au gré des pages. Une toile gonflée de sensibilité, de poésie, qui nous chahute du mépris pour certains personnages à la compassion pour d’autres.
   
   Un film réalisé par Blake Edwards en 1961 (sous le titre de “Diamants sur canapé” en version française) avait soulevé la désapprobation de Truman Capote quant au choix de l’actrice pour tenir le rôle de Holly Golightly. Haudrey Hepburn, retenue pour ce rôle, semblait beaucoup trop “lissée”, sophistiquée, pas assez “fille du sud” comme l’était la Texane Holly. Sans doute un personnage à mi-chemin entre Marilyn Monroe et Sue Lyon (dans le rôle de “Lolita”, film de Stanley Kubrick en 1962, adaptation du roman éponyme de Nabokov) aurait mieux convenu.
   
    La lecture de la version anglaise du livre ne m’a pas semblé des plus aisées. En effet, Holly, texane issue du terroir, emploie un langage souvent familier qui teinte la syntaxe et rend la compréhension délicate au non-natif-anglosaxon que je suis. Il me reste maintenant à voir le film et estimer si la colère de Capote contre le casting était un excès du poète ou l’expression du sentiment d’une réelle trahison de l’œuvre.
   
    À écrire cette critique du livre, je pense être encore sous l’influence de la lecture, ou plutôt de “la méthode Capote” qui trouvait que ‘la plupart des écrivains sur-écrivent’, rétrécissant donc son propre style. Alors je condense, à la manière de…
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critique par Lincoln




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Meilleur que le film
Note :

   Avant "De sang froid" (1965), grand succès de vente, Truman Capote avait écrit "Petit déjeuner chez Tiffany" (1958), une longue nouvelle (120 pages format poche) que le Folio n°364 propose avec trois short stories : "La maison de fleurs", "La guitare de diamant" et "Un souvenir de Noël". Elles confirment les énormes aptitudes de cet écrivain d'une grande sensibilité et élégance, que la dépendance aux drogues ont trop vite effacé du paysage littéraire. Rien n'apparaît dans ces récits du personnage loufoque, snob et excentrique de la vie publique. Au contraire, c'est délicatesse, tact et accents poétiques.
   
   La première raconte l'histoire de Holly Golightly (le nom déjà...), rien d'une sainte, call-girl ravissante, de premier abord stupide et bornée, mais généreuse, spontanée, dotée d'un tel charisme qu'on finit par la trouver intelligente. Holly déconcerte et magnétise les hommes et les amies qui l'entourent, parterre admiratif et dévoué, parmi lesquels le narrateur homosexuel qui ressemble évidemment à Capote.
   
    Si vous avez le souvenir du film de Blake Edwards "Diamants sur canapé" tiré de la nouvelle, avec Audrey Hepburn, oubliez-le, on imagine mal l'actrice lisse interpréter cette gosse provinciale un peu sauvage, garçon manqué à l'accent du terroir. J'emprunterais volontiers l'avis de Lincoln (ci-dessus) qui voit mieux Marilyn Monroe ou Sue Lyon dans le personnage. Capote lui-même n'approuvait pas le choix : "Le roman était assez amer en réalité, déclara-t-il dans une interview accordée à Playboy, et Holly Golightly était ‘vraie’ : une dure à cuire, strictement rien à voir avec Audrey Hepburn. On a fait du film une mièvre lettre d’amour à New York et à Holly. Par conséquent, c’était un film léger et charmant alors qu’il aurait dû être pesant et déplaisant. Le film et mon travail avaient à peu près autant en commun que les Rockettes avec l’étoile Galina Ulanova [*]."
   

   "Petit déjeuner chez Tiffany" n'est pas une histoire légère et frivole, son héroïne tente d'oublier un passé tragique et veut réinventer une vie, à n'importe quel prix. Capote se serait inspiré, pour créer Holly, de sa mère, "belle du Sud intéressée et volage" et de Babe Paley, icône de la mode new-yorkaise. qui "n’avait que sa somptueuse garde-robe comme paravent à son chagrin" (Les Inrocks). Il y avait pour ces filles débarquées de la campagne une volonté de liberté et de changement de classe sociale. Sous les larges chapeaux et les lunettes noires, se faire croire au rêve.
   
   J'ai particulièrement apprécié le portrait du narrateur qui se dessine en creux derrière la narration neutre : sans volonté d'introspection explicite, on devine un homme émotif, attendri, amoureux, désespéré à certains moments, une manière de tout dire sans dire, à la Hemingway. On voit le type, c'est vraiment très bon.
   
   
   * Danseuse russe de ballet

critique par Christw




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