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Œuvres complètes de Gérard de Nerval

Gérard de Nerval
  Œuvres complètes
  Aurélia
  Le Voyage en Orient

Gérard de Nerval est le nom de plume de Gérard Labrunie, écrivain et poète français, né en 1808 à Paris et décédé en 1855.

Œuvres complètes - Gérard de Nerval

Le songe et l’écriture
Note :

   Gérard de Nerval reste une exception dans la littérature française : auteur de certains des plus beaux poèmes français, de pièces de théâtre, de récits de promenades, de souvenirs et de voyages, de nouvelles inoubliables, de courtes biographies d’ "illuminés", …, il peut faire figure de touche-à-tout, alors que sa prose est l’une des plus pures qui se puisse trouver. Pour beaucoup, son nom évoque en premier lieu les crises de démence dont il souffrit et les cures qu’il subit dans différentes cliniques. Souvent considéré comme un romantique mineur par ceux qui sont tentés de l’opposer aux monuments que sont Chateaubriand, Hugo ou Lamartine, il fut qualifié de "seul vrai romantique français" par d’autres.
   
   Il faut évidemment voir dans son instabilité fondamentale, son mal-être et ses crises l’effet de la fracture qui marqua sa petite enfance quelques mois après sa naissance. Confié par ses parents à la responsabilité de son oncle maternel, il fut remis à une nourrice, à Loisy dans le Valois. Comme il l’exprima plus tard, c’était sa fatalité d’avoir été élevé par une nourrice dans le Valois, pays illustré par la présence de Rousseau, qui était hostile aux nourrices. Le pire événement de sa destinée fut certainement le décès de sa mère en Silésie, où celle-ci avait suivi son mari, médecin militaire de la Grande Armée, moins d’un an après la naissance de Gérard. Devenu adulte il fit le pèlerinage de Gross Glogau (aujourd’hui Glogow) en Silésie, où sa mère fut inhumée.
   
   Alors que dans son enfance encore, son père rentra en France et le reprit à son domicile à Paris, toute sa vie fut marquée par l’attirance alternative du Valois de ses premières années et de l’Allemagne qui avait vu sa mère disparaître. Le jeune Gérard renforça son attrait de l’Allemagne par l’étude de l’allemand, qu’il mit en pratique en traduisant le Faust de Goethe. Sa traduction sous le bras, il partit vers Weimar faire relire son texte par l’auteur. Goethe le remercia chaleureusement de sa traduction, allant jusqu’à déclarer qu’elle lui semblait clarifier son texte.
   
   Toute son œuvre est marquée par la poésie du Valois, cadre de certaines de ses œuvres les plus marquantes, dont "Sylvie", admirable nouvelle qui combine des souvenirs d’enfance avec les rêveries du jeune homme romanesque et les regrets de l’homme mûr, qui a poursuivi ses rêves, gâchant les chances que la vie lui offrait. "Sylvie" exprime mieux que tout autre texte le désenchantement de l’homme qui fut incapable de nouer une relation durable avec une femme, préférant toujours rejoindre ses chimères plutôt que de s’engager. La postérité de cette œuvre fut considérable, que ce soit chez Proust ou Julien Gracq. Cependant, aucun de ceux qui s’en sont inspirés n’ont pu reconstituer l’exceptionnel alliage des souvenirs personnels et de la rêverie créé par Gérard de Nerval.
   
   L’autre nouvelle majeure est bien sûr "Aurélia", qui rend compte de l’importance du rêve dans l’existence de l’auteur, tant du point de vue clinique que comme puissance vitale motrice. Avant Freud, Nerval a eu l’intuition du rôle du rêve dans l’accès à la personnalité profonde de l’individu, qui n’avait pas encore été nommée inconscient, et il a trouvé la ressource de décrire les phases qu’il avait traversées au cours de ses crises, dans un texte quasiment prophétique par lequel il revenait aussi sur les expériences mystiques esquissées dans son "Voyage en Orient".
   
   "Le Voyage en Orient" était en effet le récit d’un voyage effectué, d’une certaine façon, en tant que thérapie après sa première crise. Et Nerval en profite pour détailler certains thèmes, à la frontière entre mysticisme et déraison, qui le hantent au quotidien et dont l’Orient lui procure une vision ancrée dans le temps et le mélange des civilisations. Ses références aux religions des Egyptiens, au judaïsme, aux croyances des Druzes et ses relations des légendes d’Adoniram et de Hakem précisent les sources de ses préoccupations. Sa quête de la fête dans les différents pays traversés le montre aussi sous un jour authentique, infiniment moins tragique que l’image laissée par une connaissance succincte de sa biographie.
   
   Dans ses différentes œuvres, Nerval apparaît ainsi comme un homme psychiquement fragile, un écrivain sensible et un être qui lutte toute sa vie contre les tendances destructrices de sa personnalité. A notre grand étonnement, le résultat de cette lutte, malgré son issue dramatique, se traduit par l’extrême fluidité de son écriture.

critique par Jean Prévost




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