Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Splendeurs et misères des courtisanes de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac
  La peau de chagrin
  la fille aux yeux d'or
  Le colonel Chabert
  L'interdiction
  La messe de l’athée
  Le contrat de mariage
  Une ténèbreuse affaire
  Le lys dans la vallée
  Mémoires de deux jeunes mariées
  Illusions perdues
  Le Chef-d’œuvre inconnu
  Philosophie de la vie conjugale
  Louis Lambert
  Séraphîta
  Béatrix
  Splendeurs et misères des courtisanes
  La Grande Bretèche
  La Recherche de l'Absolu
  Eugénie Grandet
  Le curé de village
  La duchesse de Langeais

Honoré de Balzac est un écrivain français né en 1799 et mort en 1850. Très prolifique, il a publié 91 romans et nouvelles de 1829 à 1852 et laissé une cinquantaine d'œuvres non achevées.


* Voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts".

Splendeurs et misères des courtisanes - Honoré de Balzac

Roméo et Juliette au pays du business
Note :

   Vaste roman de la "Comédie Humaine" puisqu’il comprend plus de 600 pages et quatre parties distinctes sous forme de questions auxquelles chaque partie répondrait : "1. Comment aiment les jeunes filles" 2. "A combien l’amour revient aux vieillards" 3. "Où mènent les mauvais chemins" sauf la dernière qui n’est pas toujours rattachée au roman 4. "La dernière incarnation de Vautrin". Balzac, paraît-il, mit huit ans à écrire ce pavé. J’ai mis plus d’un mois avant de venir à bout de ma lecture. L’avantage étant que Balzac ménage de courts chapitres à l’intérieur de ses parties, ce qui permet d’avancer lentement mais sûrement.
   
   Donc, il s’agit de l’histoire d’Esther Gobseck, courtisane déchue que l’abbé Carlos Herrera (ou Jacques Colin ou Vautrin) –personnage ô combien ambigu – va remettre en selle pour pouvoir, en filigrane placer Lucien de Rubempré dans le monde afin de conclure un beau mariage avec Clotilde de Grandlieu et lui assurer une vie exempte de soucis matériels. Mais pour ce faire, Lucien doit posséder un million afin de racheter des terres et ne pas avoir l’air d’un coureur de dot. C’est là qu’intervient Esther dont le baron de Nucingen vient de tomber amoureux. Il va donc servir de vache à lait, et Esther, aveuglée par son amour inconsidéré pour Lucien, va essayer de lui fournir son million grâce à la générosité du baron banquier. Mais soudain, c’est le drame, comme on dit à la télé. Quant à Jacques Colin/Carlos Herrera, son amour pour Lucien ne fait plus aucun doute sur cette homosexualité latente déjà perceptible dans le Père Goriot lorsqu’il était Vautrin. Il est clair qu’il voit en Esther une rivale.
   
   Le roman social se double alors d’une intrigue policière et Carlos Herrera dont l’identité ne fait vite plus de mystère, s’avère être un ancien bagnard et le livre possède quelque chose des Misérables de Victor Hugo tant les personnages et les intrigues foisonnent et font appel –dans le cas de Balzac- à d’autres moments et personnages de la Comédie Humaine. On pense aussi aux Mystères de Paris d’Eugène Sue pour son analyse des bas-fonds, ses ambiguïtés dans les rapports entre la police et les malfrats (incarnation d’un certain "Bibi-Lupin" qui rappelle Chéri-Bibi ou Vidocq).
   
   De même Balzac s’essaie à intégrer et expliquer l’argot dans ce roman mais ça m’a semblé tout aussi risible – l’argot de 1830 c’est quelque chose!- que les interventions de Nucingen et son accent Yiddish retranscrit phonétiquement.
   
   Reste un roman à portée philosophique sur les mœurs d’une époque, où le narrateur intervient assez souvent pour commenter telle ou telle scène, telle ou telle réaction sur les vices humains en général :
   "La paresse est un masque aussi bien que la gravité, qui est encore de la paresse."
   "Le génie italien peut inventer de raconter Othello, le génie anglais peut le mettre en scène ; mais la nature seule a le droit d’être dans un seul regard plus magnifique et plus complète que l’Angleterre et l’Italie dans l’expression de la jalousie."
   

   On visite Paris et notamment la Conciergerie qui, à en croire Beigbeder dans "un roman français", n’a guère changé dans son traitement des prisonniers.
   
   On analyse aussi le travail de chaque maillon de la magistrature, et ce travail de fourmi montre combien d’auteurs de nos jours sont redevables à Balzac notamment dans le roman policier, américain surtout.
   
   Un Balzac flamboyant bien que la dernière partie me semble superflue.
   
   Quelques passages pleins d’actualité, à méditer :
   
   "Plus sa vie est infâme, plus l’homme y tient ; elle est alors une protestation, une vengeance de tous les instants."
   
   "D’ailleurs, se défier de la magistrature est un commencement de dissolution sociale. Détruisez l’institution, reconstruisez-la sur d’autres bases ; demandez, comme avant la Révolution, d’immenses garanties de fortune à la magistrature ; mais croyez-y ; n’en faites pas l’image de la société pour y insulter."

critique par Mouton Noir




* * *