Lecture / Ecriture
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Trois dollars de Elliot Perlman

Elliot Perlman
  Trois dollars
  Ambiguïtés
  L'amour et autres surprises matinales
  La mémoire est une chienne indocile

Elliot Perlman est un avocat et écrivain australien né en 1964.

Trois dollars - Elliot Perlman

La classe moyenne en Australie, c'est pareil qu'ici !
Note :

   L'histoire commence un beau matin. À trente-huit ans, Eddie se retrouve sur un quai de gare avec trois dollars en poche. Et rien d’autre… Pourtant, pense-t-il, il a fait tout ce qu’il fallait. Il a suivi de bonnes études, il a épousé une femme intelligente et sensible, pris un emploi passionnant, contracté un crédit raisonnable pour acheter un pavillon où loger sa famille... Alors comment en est-il arrivé là ? Tout a commencé, se souvient-il, ce jour de ses huit ans, où la jeune fille blonde dont il était amoureux a quitté sa vie parce qu’elle était riche et lui non...
   
   J'ai aimé ce livre, parce que sans tomber dans une propagande keynésianiste démodée, Elliot Perlman nous emmène dans l'histoire vraie d'une dégringolade sociale postindustrielle, dans les dernières convulsions des classes moyennes au crépuscule du deuxième millénaire. Il nous emmène là où l'on peut être demain …
   
   D'aucuns penseront que cet Eddie est vraiment un looser, incapable de s'adapter au monde qui se mondialise, balayé puisque non endurant au choc, non résistant au chômage … D'autres trouveront, comme moi, que les coïncidences surprenantes, les rencontres tragicomiques, les quiproquos absurdes révèlent l’infinie tendresse du héros pour les êtres qui l’entourent. La vie est aussi faite de rencontres insolites quand on le prend le temps d'en perdre.
   
   Véritable remise en perspective quotidienne de vérités basiques sans cesse affirmées péremptoirement, le héros Eddie s'enchaîne à démentir par un aussi basique "ce n'est pas si simple". Et si ça l'était, malgré tout ? Cela nous renvoie à un thème cher aux profs de philo : Avoir raison contre tous, c'est avoir tort.
   
   Spirituel, vulnérable et perpétuellement étonné, Eddie a le charme des héros des plus belles comédies américaines à la Capra. Entre rire et larmes, Trois Dollars est le portrait cruel d’un monde où le cours de la Bourse prend le pas sur celui de la vie humaine.
   
   L’humour et la tendresse sont entre les mains d'Elliot Perlman des armes tranchantes qui lui servent à démonter avec une férocité jubilatoire l’engrenage du rationalisme économique à la Thatcher. Mais il n’en oublie pas l’amour, l’honnêteté et le rêve qui triomphent pour donner un sens à la vie…
   
   Il est ardu de construire son estime de soi dans un monde mondialisé, dans une société de chômeurs. Finalement, tout le monde semble d'accord pour dire qu'il faut faire sauter les privilèges, mais en commençant par ceux du voisin …. A quand le serment du jeu de paume ?
   
   Vous l'aimerez aussi,
   Si la mondialisation ne vous enchante pas au point de vous souvenir que les délocalisations font travailler les enfants,
   Si vous trouvez qu'il y a bien des "policiers à l'individu" en France (plus qu'en Allemagne en 1935 …),
   Si vous avez été, êtes, risquez d'être un chômeur de longue durée,
   Si vous voulez sauver le Monde mais restez impuissant,
   Si vous appartenez à la classe moyenne qui argumente,
   Si vous craignez les masses qui ne sont pas silencieuses,
   Sinon s'abstenir au risque de trouver le héros looser et l'histoire sans rebonds !
   
   A noter que ce roman a obtenu en Australie en 1998 le "Age Book of the year Award" et le "Betty Trask Award".
   
   Pour prolonger cette lecture, partager avec vous une anecdote qu'un ami m'a racontée. Alors qu'il était en "costume, cravate et imper Burberrys" pour aller à un entretien d'embauche, il s'est fait agresser dans le métro par des grévistes de La Poste qui l'ont coincé dans un coin et lui ont lacéré son manteau. Une fois qu'ils ont eu fini, cet ami a sorti de son portefeuille sa carte de demandeur d'emploi et l'a montrée à ses agresseurs, qui se sont alors empressés de s'excuser platement.
   Cet ami a refusé leurs excuses et leur a seulement dit : "vous luttez pour conserver le job que vous avez parce que vous avez peur de l'avenir. Moi, je suis demandeur d'emploi et j'ai de l'espoir. Le temps se rapproche du moment où vos privilèges tomberont. Les riches ne sont pas toujours là où on croit. Vous avez raison d'avoir peur."
   Si tous, "Imparfaits, libres et heureux" (Christophe André) que nous sommes, nous pouvions être inspirés d'estime …
    ↓

critique par Alexandra




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Equilibre instable,normal aux antipodes
Note :

    Excellente découverte océanienne, le premier roman d'Elliot Perlman (1998), chichement dénommé Trois dollars. Long de 400 pages ce livre nous fait vivre la jeunesse d'Eddie,ingénieur chimiste, son mariage avec Tanya et sa paternité, ainsi que ses difficultés professionnelles dans la jungle libérale australienne. Ce livre est assez dense et pour tout dire m'a fait osciller entre un enthousiasme débordant et quelques moments un peu plus difficiles pour moi, ceux qui font la part belle à l'économie, pour laquelle j'ai peu d’accroche. Mais au bout du compte c'est un livre marquant et très personnel où l'Australie apparaît à mille lieues des vieilles lunes habituelles. Melbourne n'y est guère le paradis annoncé et malgré leur haut niveau d'études le couple Eddie et Tanya peine au bonheur annoncé.
   
    Chargé d'une enquête sur les dégâts environnementaux d'un groupe dont le patron lui a jadis interdit de jouer avec sa fille, ils avaient huit ans, Eddie voit sa situation financière s'effilocher, sa femme déprimer, sa vie tout entière se neutraliser, cela par une suite de coïncidences, de hasards malheureux et de rancunes tenaces. Ses liens avec ses parents sont eux aussi très distendus, les dimensions de ce pays continent ne facilitant pas les relations familiales.
   
   Sur un ton qui n'exclut pas l'humour Elliot Perlman nous assène la trajectoire, rude et concrète, qui va de la City de Melbourne aux foyers de SDF avec leur lot de violence hélas universelle. Ou comment un cadre brillant et instruit finit avec trois dollars adossé à un distributeur de billets parce que cet appareil est à l'abri et qu'il distille un soupçon de chaleur. Pourtant Eddie et Tanya s'aiment et ils aiment Abby leur fille. Mais c'est si difficile parfois de vivre...
   
    Fouinant un peu je découvre que ce livre a été adapté au cinéma et bien accueilli en Australie. Il semble qu'il soit resté là-bas. Dommage probablement. Toujours est-il que je recommande cette lecture, attachante, troublante et qui rend plutôt humble. Et puis il y a Amanda, Amanda qu'Eddie retrouve tous les neuf ans et demi...

critique par Eeguab




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