Lecture / Ecriture
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Monsieur le Commandant de Romain Slocombe

Romain Slocombe
  Monsieur le Commandant

Monsieur le Commandant - Romain Slocombe

Une période noire
Note :

   Romain Slocombe revient sur une période trouble, noire, et déjà abondamment traitée dans la littérature française ; celle de l’Occupation allemande en France, la Collaboration subséquente, notamment dans l’ambiance antisémite – que dis-je? génocidaire! – qui régnait.
   
   Il traite le sujet en incarnant un écrivain ayant accédé à la notoriété – Paul-Jean Husson siège à l’Académie – et ayant perdu un bras en combattant lors de la Première Guerre Mondiale contre les Allemands. Mais l’ambiance est délétère, la claque subie par la France dès le début de la guerre, sévère et surtout, surtout, l’antisémitisme latent est incroyablement prégnant. Et ça ne devait pas être qu’en France...
   
   Notre Paul-Jean Husson est désespéré par la France, et, à l’instar des autorités collaboratrices, prêt à s’accommoder du joug allemand pour débarrasser la France de la "lèpre juive".
   
   On le voit, un thème déjà très largement traité. Romain Slocombe, lui, le traite en se mettant dans la peau du vieil écrivain aigri, qui écrit une lettre aux autorités allemandes, une lettre qui dénonce, une lettre qui explique sa démarche.
   
   C’est horrible de petitesse, d’aveuglement, de bêtise et de préjugés, mais c’est bien ainsi que ça fonctionne le racisme! Le dégoût qu’on peut ressentir vis-à-vis de ce "héros" (en négatif) ne facilite pas la lecture par défaut d’identification. Mais c’est remarquablement bien écrit, sophistiqué mais pas pédant. Ça ne doit pas être facile de s’identifier à ce point à un monstre pareil! Monstre car Paul-Jean Husson va pousser le bouchon encore plus loin dans l’histoire de cette ignominie, plus loin du fait de son histoire personnelle. Mais je vous en laisse la découverte via la lecture de "Monsieur le Commandant", un roman qui vous passionnera si cette époque historique vous intéresse.
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critique par Tistou




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Missive impossible
Note :

    La collection "Les Affranchis" des éditions du NiL fait une demande à ses auteurs: "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."
   
    Pour ce roman, la lettre est adressée au Sturmbannführer H.Schöllenhammer d'Andigny (Eure) le 4 septembre 1942 par un écrivain français membre de l'Académie Française, le renommé Paul-Jean Husson. Cet homme de lettres est un partisan du Maréchal Pétain et exprime de forts sentiments antisémites. Pour situer le contexte, le processus d'extermination des juifs est déjà engagé et ceux-ci, à la date de la lettre, sont tenus de s'être faits connaître et doivent porter l'étoile jaune.
   
    Le contenu de la lettre écrite par Husson est en fait le récit de la vie de la famille Husson depuis 1932, date à laquelle la splendide blonde allemande Ilse Wolffsohn rencontre Olivier, le fils de Paul-Jean Husson. Jusqu'à 1934, tout va bien et même très bien puisque l'écrivain obtient le succès littéraire et la reconnaissance de ses pairs; par ailleurs, il devient grand-père. Olivier et Ilse - une femme qu'il trouve splendide- se marient et ont leur premier enfant, Hermione.
   
    Et puis, deux tragiques événements viennent endeuiller la famille Husson: les morts de la femme et de la fille de Paul-Jean Husson. Tragiques, terribles pertes de ces êtres chers, mais finalement, ce ne sont que des détails comparativement à ce qui va suivre dans le roman.
   
    Le climat politique est de plus en plus tendu (1936) et l'écrivain devient farouchement antisémite et anti-communiste. Pour lui, les Allemands et Pétain ne sont donc qu'une conséquence bienheureuse à la situation de la France. Parallèlement à cela, sa petite fille Hermione, qui ne ressemble pas à sa mère mais qui -selon lui- aurait des traits dit juifs, pose le problème des origines de Ilse. Husson va donc dépêcher des détectives en Allemagne pour en savoir plus sur la famille Wolffsohn. et il se trouve que la famille Wolffsohn est juive...
   
    Que va donc faire Paul-Jean Husson avec ses profondes convictions politiques antisémites? Dénoncer sa bru ? Ce serait terrible d'autant plus qu'il finit par tomber sous le charme de la jeune allemande... La protéger alors des SS et de la milice française qui traquent les juifs?
   
    Je n'en dis pas plus sur le dénouement de l'histoire car elle est pleine de suspense, d'un terrible suspense et les événements narrés vont finir par être dérangeants. Les chapitres 22, 23, 24 sont d'une intensité et d'une grande violence alors que la fin est psychologiquement difficile.
   
    Bien documenté et raconté comme une confession, ce livre épistolaire ne laisse pas indifférent par le malaise qu'il produit. Et on est sûr et certain que Romain Slocombe n'avait jamais écrit une telle lettre auparavant. Mission... missive réussie !
    ↓

critique par Laugo2




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D'un goût trop amer
Note :

    J'ai lu aussi un académicien français, fictif celui-là, Paul-Jean Husson, auteur d'une dénonciation, dans la collection Les affranchis qui demande aux auteurs d'écrire une lettre. Romain Slocombe se met dans la peau de cet écrivain grand bourgeois, éduqué, bien-pensant, héros de la Première Guerre mondiale (il a perdu un bras au front), auteur de livres loués par la critique et prisés du public. On ne peut s'empêcher de penser à certains.
   
    Paul-Jean Husson a un fils, violoniste. qui va épouser une jeune Allemande connue dans son pays sous le nom d'Elsie Berger et que l'on a pu voir dans quelques films.
   
   Hitler au pouvoir de l'autre côté du Rhin, certains intellectuels français applaudissent aux coups de force des Ligues. Lorsque la guerre éclate, le fils Husson part pour Londres, laissant sa femme au côté de son père. Paul-Jean Husson en tombe éperdument amoureux. Il découvre ce qu'il supposait, sa belle-fille est juive. Partagé entre son antisémitisme viscéral et cet amour interdit, il assistera, impuissant, à la mort de sa fille, accidentelle, puis à celle de sa femme, et à la capitulation de son pays, le 17 juin 1940. Pétainiste convaincu, Husson se retrouve en compagnie de celle qu'il désire, à travers la France de l'exode.
   
   C'est une fiction bien faite mais qui laisse un goût amer. Le portrait est à charge et je trouve qu'il aurait gagné à se nuancer. Le sujet, c'est vrai, reste assez délicat. Surtout, et c'est probablement injuste, je n'ai pas envie de relire et auteur. Pourtant je ne crois pas confondre l'écrivain et l'écrit. Ou bien inconsciemment.

critique par Eeguab




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