Lecture / Ecriture
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Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden

Joseph Boyden
  Le chemin des âmes
  Les Saisons de la solitude
  Là-haut vers le nord
  Dans le grand cercle du monde

Joseph Boyden écrivain canadien né en 1966, qui vit en Ontario et enseigne la littérature à la Nouvelle-Orléans, il a reçu le Giller Prize pour "Saisons de la solitude".

Dans le grand cercle du monde - Joseph Boyden

Indiens du Canada
Note :

   Joseph Boyden possède l'art et la passion de nous faire partager dans ses livres, la vie des amérindiens au Canada. A travers des personnages attachants et émouvants, marqués par leurs origines, par leur solitude et entraînés dans cette grand marche du monde où leur vie s'est parfois brisée et leurs espérances perdues.
   
   Avec des mots uniques, des descriptions prodigieuses de la nature, il plonge le lecteur dans une ambiance où la réalité fait la part belle à la magie, aux croyances de ces peuplades oubliées.
   
   Dans "Le grand cercle du monde" trois voix vont prendre la parole, trois vies vont se dérouler sous nos yeux pour raconter un moment de l'Histoire du Canada, où Champlain souhaite créer une Nouvelle France avec une nouvelle ville, Québec.
   
   Nous sommes au 17ème siècle et les échanges commerciaux entre les Blancs et les Indiens deviennent un enjeu politique important. Mais ils sont difficiles et souvent bien inégaux pour ces tribus vivant au rythme de la nature. L'installation des Jésuites auprès de certaines tribus indiennes est source d'incompréhension et de violence.
   
   Trois narrateurs vont raconter leur point de vue :
   Un jésuite d'origine bretonne, Christophe, convaincu du bien de sa mission chez ces peuplades sans foi. Installé avec d'autres missionnaires chez les Hurons, ils vont découvrir un monde hostile où les coutumes sont d'une terrible violence.
   Oiseau, le Chef Huron, remplit de haine et de désir de vengeance à l'égard des Iroquois qui ont massacré toute sa famille. Il adoptera comme sa fille, une jeune Iroquoise capturée lors de représailles.
   Chutes de Neige, la jeune fille adoptée par Oiseau, qui voue une haine à l'égard des Hurons mais qui reste unie à la culture indienne et y trouve le réconfort, la source même de sa survie et un certain amour pour son père adoptif.
   
   La brutalité des conflits entre Iroquois et Hurons est décrite avec justesse et précision.
   
   Le lecteur se rend compte que la présence des Jésuites et l'évangélisation des indiens ne sont pas les seules raisons du déclin des Indiens.
   
   L'auteur comme toujours possède le talent pour alterner la lumière et le désespoir, la violence et la paix, l'amour et la haine.
   
   Le choc de deux mondes, de deux cultures est très bien décrit et l'on comprend pourquoi il ne pouvait pas y avoir de rencontres, de compréhension, d'entente.
   
   Certaines scènes à mon avis sont un peu trop répétitives, comme celles des tortures que les indiens font subir à leurs prisonniers ou certaines descriptions qui deviennent vite documentaires.
   
   J'ai aimé les personnages secondaires comme le compagnon du Corbeau Noir, frère Isaac, Petite Oie ou Renard qui sont plus authentiques dans leur mission ou leur croyance que les personnages principaux souvent trop prévisibles.
   
   Il n'en reste pas moins une maîtrise absolue dans la narration et la construction littéraire.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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La fin du peuple Huron
Note :

   Avec "Dans le grand cercle du monde", l’écrivain canadien, Joseph Boyden, raconte la fin du peuple Huron (les Wendat dans leur langue) dont les membres furent décimés ou dispersés en 1649 par les iroquois lors de la guerre qui les opposa.
   
   Les Hurons qui furent baptisés ainsi par les français à cause de leur coiffure comparable à une hure de sanglier avaient fait alliance avec Samuel de Champlain dès le début du XVII siècle pour le commerce des peaux. Selon le contrat, les français leur devaient assistance contre les iroquois. En contre partie, la présence de jésuites sur leur territoire leur était imposée, ceux-ci oeuvrant pour la christianisation et favorisant les visées colonialistes de la France. Les Iroquois, eux, furent bien vite alliés aux Hollandais puis aux Anglais si bien que les guerres fratricides entre tribus servirent les intérêts des envahisseurs.
   
   Joseph Boyden présente le génocide de ce peuple divisé en cinq tribus et la diaspora des survivants à travers un récit qui s’étend sur une vingtaine d’années, vu par trois personnages principaux :
   Un jésuite (que les indiens appellent le Corbeau comme tous ceux de son ordre) qui vient christianiser les Hurons, devient leur prisonnier puis leur allié imposé, jamais accepté.
   
   Un chef Wendat, Oiseau, animé par sa haine contre les iroquois qui ont tué sa femme et ses filles. Il est conscient du danger que représentent les Corbeaux pour son peuple et cherche en vain à l’en libérer. C’est lui qui mènera les négociations avec Samuel de Champlain et conclura l’alliance avec les français.
   
   Et une petite fille iroquoise, Chutes de neige, prisonnière d’Oiseau qui a tué ses parents. Elle deviendra bien contre son gré sa fille adoptive. Oiseau, entend par là, selon la coutume des amérindiens, remplacer ses filles défuntes par une adoption dans la tribu ennemie.
   
    Ce sont ces points de vue différents qui vont mettre en relief le choc des cultures, chacun appréhendant l’autre selon sa mentalité qui lui fait trouver cocasses, ridicules ou véritablement effroyables les coutumes, les croyances ou tout simplement la présence de l’autre. Ainsi les Corbeaux qui apportent des maladies mortelles aux indiens sans être malades eux-mêmes ne sont-ils pas des sorciers? Le Jésuite est de plus un être incompréhensible à leurs yeux avec son amulette autour du cou (la croix), ses gestes ridicules (les signes de croix) et son outrecuidance à proclamer la supériorité de sa religion. L’incompréhension du Jésuite envers les indiens n’est pas moindre !
   
   Joseph Boyden qui est lui-même d’ascendance indienne, connaît bien cette civilisation et nous permet d’entrer dans cette culture qui parfois nous rebute (les tortures infligées aux prisonniers sont atroces) et parfois nous séduit. Leur religion, en particulier, est très belle car elle ne place pas l’homme au centre de l’univers en affirmant sa suprématie mais donne à tous une juste place, humains, végétaux, animaux, tous reliés à un Tout, tous serviteurs de la Nature plutôt que maîtres.
   
   "Dans le grand cercle du monde" nous permet donc d’aborder cette civilisation d’une manière agréable, intéressante, en nous attachant à certains personnages, y compris secondaires, en voyant vivre les autochtones dans les maisons-longues qui regroupent plusieurs foyers. Amour, mariage, amitié, agriculture, chasse, trappe, commerce, fêtes, croyances et guerres… les saisons passent, les héros grandissent comme la petite iroquoise qui devient femme et se marie, épousant définitivement les moeurs des Hurons; ou ils vieillissent comme le jeune jésuite apeuré et tremblant du début qui s’affirme dans sa foi et manifeste un courage et une ouverture aux autres qui permet de faire oublier certains aspects peu sympathiques de ses tentatives de conversion.
   
   Ce roman est donc une belle approche de cette nation indienne et de cette période tragique qui a vu disparaître en grande partie ce peuple, les Wemdat.

critique par Claudialucia




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