Lecture / Ecriture
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Proust est une fiction de François Bon

François Bon
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  Proust est une fiction

François Bon est un auteur français, né en 1953.

Proust est une fiction - François Bon

Au moins, c'est original
Note :

   100 sections pour relire la Recherche, sous forme de tronçons de phrases (parfois une complète) sorties de l’œuvre de Proust (quelques unes sont issues de sa correspondance, ou de Jean Sauteuil) . des propos suivis en italique d’une précision qui les replace (ou non) dans une partie bien déterminée de l’œuvre et d’un commentaire de longueur variable.
   
   On peut classer ces 100 sections
   
   - celles qui sont purement fictionnelles :
   L’auteur imagine un échange de lettres et un dialogue entre Baudelaire et Proust, Baudelaire commentant la Recherche et l’utilisation que l’on fait de son nom et de ses vers. Le commentaire en est facétieux, et il se réfère malgré tout à un passage de la Recherche identifiable par le lecteur. Un certain nombre de sections évoqueront le dialogue Proust-Baudelaire ; il y aura aussi celles qui – surprise- font de Proust le fils naturel de Lautréamont. D’autres encore font apparaître le fantôme de Proust, rencontré par l’auteur, et d’autres fantômes. Pour Baudelaire en tout cas, Bon a utilisé "Le Plagiat par anticipation"de Bayard pour en faire bon usage. Pour les autres fictions, on peut les trouver amusantes. Lorsque Baudelaire et Proust se baladent dans un supermarché, c’est tendance, mais je doute qu’ils y aient croisé Annie Ernaux.
   
   - Celles qui recensent les nouvelles technologies dans la Recherche
   Téléphone, photographie, avion, électricité, pétrole, automobile… mais aussi le pianola : Ces sections ne sont pas sans intérêt bien que Bon exagère lorsqu’il prétend avoir lu que Proust avait un faible pour les gaz des pots d’échappement…lisez surtout les sections sur la photographie.
   
   - Celles qui recensent divers thèmes proustiens
   Les 68 occurrences du mot "voyageur" dans la Recherche, (tous les passages sont cités!) les huit passages concernant les poiriers en fleurs, l’omniprésence de la robe… et ce qu’on peut en tirer pour la compréhension de la Recherche, et pour la littérature.
   
   - Celles qui regrettent l’absence de telle ou telle chose dans la Recherche (absence de Rimbaud, de Kafka, de l’Amérique, de pays lointains, absence de personnages vraiment fictifs dans la Recherche...) et commentaire de ces absences. Cela ne me semble pas trop intéressant, sauf les sections qui tentent d’identifier ce qu’est vraiment un "personnage" dans la Recherche, par opposition au personnage "balzacien ou stendhalien par exemple.
   
   - Celles qui se réfèrent à un passage célèbre pour en modifier la lecture officielle.
   Par exemple à propos de la madeleine, Bon tente de démontrer que celle-ci n’a jamais ramené à la surface de la conscience du narrateur des scènes oubliées mais qu’elle a souligné l’échec de la réminiscence et la nécessité d’inventer.
   
   Certaines sections traitent de la Recherche globalement, de la lecture qu’en firent d’autres écrivains : Beckett, Claude Simon, Gracq (qui n’aime pas Proust, ce que Bon trouve scandaleux car selon lui tout être se vouant sérieusement à la littérature doit quelque chose à Proust et a le devoir de l'aimer : c'est pousser le bouchon un peu loin, mais... ) et de la découverte de Proust par Bon lui-même.
   
   Certains passages sont intéressants, parce qu’informatifs : j’ai aimé la section sur la jambe de Sarah Bernhardt, ou l’autopsie de Zola à laquelle Proust aurait vraiment assisté. Le chapitre sur "le bestiaire de Proust" intrigue à première vue (des animaux dans la Recherche???) et c’est à un recensement de métaphores animales que Bon s’est essayé. Il y en a beaucoup!
   
   Dans l’ensemble, un essai plus original que ce qu’on a pu lire ici et là sur la Recherche en 2013.

critique par Jehanne




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