Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Chers voisins de John Lanchester

John Lanchester
  Chers voisins

Chers voisins - John Lanchester

« Nous voulons ce que vous avez »
Note :

   "Une des choses que Quentina trouvait étrange en étant contractuelle, c'était qu'elle avait beau être debout à longueur de journée et marcher assurément des kilomètres et des kilomètres, elle ne maigrissait pas."
   
   Une demi-douzaine de riverains de Pepys Road, résidents d'une rue jusqu'ici tranquille, portent plainte, suite à la réception de messages menaçants, sous forme de cartes postales représentant leurs portes d'entrée, avec le texte suivant : "Nous voulons ce que vous avez". Le soir de Noël cela s'accélère avec l'arrivée d'un DVD de 40 minutes, qui montre un petit film de leur rue, pris de très bonne heure le matin. Avant qu'un blog ne voie le jour, montrant des photos de leurs maisons, avec des insultes.
   
   L'inspecteur Mil de la police de Londres est chargé d'enquêter sur ces événements dont sont victimes les habitants de Pepsy Road. Quentina, jeune femme africaine sans papier, s'y rend souvent, chargée en tant que contractuelle de mettre des amendes à ceux qui ne respectent pas les règles de stationnement. Au 51 habitent Roger et Arabella Young, respectivement banquier et femme au foyer, et leurs deux jeunes enfants. Arabella passe ses journées à dépenser l'argent gagné par son mari, et laisse ses enfants à la charge de la baby sitter hongroise, embauchée depuis peu par son époux. Au 42 se trouve Petunia, une femme âgée de 82 ans, veuve et qui vit ses derniers jours, auprès de sa fille et de son petit fils. Au 68 se trouve une boutique, celle des Kamal, une famille pakistanaise qui loge au dessus du magasin. Au 46 on trouve une femme et son fils consultant en informatique; au 27 un policier sénégalais et son garçon de 17 ans footballeur.
   
   Ce roman est, malgré ses presque 600 pages, la lecture idéale des vacances tant il se lit facilement. Il offre une magnifique galerie de personnages, complexes et attachants. Dès les premières lignes, je me suis laissée porter par ce récit qui ménage le suspens : qui parmi les habitants est l'auteur de ces messages? Mais il serait faux de le réduire à un roman oscillant entre enquête policière et récit psychologique, il ouvre aussi une réflexion sur les inégalités sociales, financières et culturelles, et offre de Londres le portrait d'une société multiraciale où se côtoient des immigrés aux conditions de vie difficile et des Anglais peu conscients de leurs privilèges, des jeunes pleins d'avenir, des vieux sur le point de mourir.
   
   Ce roman choral est très agréable à lire. Sans faire l'économie de décrire une société, la nôtre, qui pose question, il sait rester léger.
   ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Une rue de Londres
Note :

   "Ils étaient réunis sous le lustre central, les hommes discutant football et voitures pendant que les femmes bavardaient sur ce ton faussement intimes des gens qui ne s’aiment pas beaucoup et sont néanmoins obligés de se fréquenter."
   
   Pepys Road, une rue de Londres d'un quartier autrefois peu élégant a maintenant grimpé dans l'échelle socio-économique. En décembre 2007, y résident aussi bien Petunia Howe, qui y a toujours vécu que des familles de traders où les enfants sont "gâtés mais négligés" ou encore une famille pakistanaise dure au labeur... L'argent semble couler à flots dans Londres mais pas forcément pour tout le monde. Et dans Pepys Road ne font que passer des réfugiés apatrides, coincés dans d'inextricables situations administratives, des ouvriers du bâtiment polonais ou encore un petit génie du football sénégalais. Bref, un microcosme représentatif de la société londonienne dont la tranquillité va être mise à mal par de mystérieux courriers avertissant: "Nous voulons ce que vous avez"...
   
   John Lanchester dans ce bon gros roman de 567 pages où alternent les points de vue nous dépeint avec acuité une société sur le point de basculer. Des personnages attachants, une écriture sans fioritures mais efficace font qu'on ne s'ennuie pas une minute dans ce roman qui tient ses promesses, même s'il lui manque une pointe d'originalité.
   
   Idéal pour un dimanche d'hiver

critique par Cathulu




* * *