Lecture / Ecriture
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L'arrière-Saison de Philippe Besson

Philippe Besson
  Les jours fragiles
  L'arrière-Saison
  Se résoudre aux adieux
  Un instant d'abandon
  Un garçon d’Italie
  La maison atlantique
  De là, on voit la mer
  Vivre vite
  Arrête avec tes mensonges
  Les passants de Lisbonne
  Un certain Paul Darrigrand
  Dîner à Montréal

Philippe Besson est un écrivain français né en 1967.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'arrière-Saison - Philippe Besson

Toile de vie
Note :

   Voici l’histoire d’une histoire. L’histoire d’un mélange de couleurs couchées sur une toile. L’histoire d’une inspiration qui deviendra la source d’une autre inspiration. Un tableau d’Edward Hopper, dans lequel une porte se serait ouverte laissant s’engouffrer l’imagination. Comme une invitation à rejoindre ce monde figé, de l’irréel….
   
   Nous sommes dans un café de Chatham, dans le Massachusetts. A Cape Cod plus exactement. Chez Phillies. Un dimanche soir de septembre. Louise attend, comme toujours d’ailleurs. Elle attend Norman. Elle l’a toujours attendu. Seulement ce soir c’est différent. Il doit quitter son épouse pour elle. Ben est là aussi, c’est le serveur, il lui a servi son éternel martini blanc. Un rituel, un mélange d'habitude et de nonchalance. Lui, donne l’impression d’être immuablement collé à ce bar, pour l’éternité. Et puis il y a ce tintement, celui de la porte qui annonce une nouvelle présence dans ce décor. Ce sera celle de Stephen. L’ «ex» de Louise...
   
   Les personnages sont en place, les couleurs affichées, le décor monté. Les accessoires sont figés, l’ambiance aussi. L’histoire peut commencer….
   
   L’auteur nous révèle là toute l’ampleur de son talent, avec une imagination sans limite ni frontière. Sur un amas de pigment, il souffle la vie, donne naissance à des mouvements, un dialogue, des formes et des sentiments….Il prouve que le réel n’est que parce qu’on le raconte. Ici il réussit le coup de maître de nous raconter ce qui n’est pas…
    ↓

critique par Patch




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Dans l'espace d'une bulle irisée
Note :

   Je dois à ce livre un moment enchanté, comme si Philippe Besson parvenait à nous envelopper dans l'enveloppe irisée d'une bulle de savon ou plus simplement, comme s'il nous transportait vraiment à l'intérieur du tableau d'Edward Hopper. Mais "L'arrière-saison" est plus qu'un exercice consistant à animer les personnages d'un tableau. C'est aussi un roman qui effleure avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse les relations au sein du couple, la difficile (ré)conciliation de l'amour et de la liberté, cet espace que Louise s'efforçait de laisser à Stephen, mais que celui-ci n'a apprécié à sa juste valeur qu'après l'avoir perdu.
   
   Pour tout dire, j'ai une reproduction des "Nighthawks" chez moi, mais j'avais découvert le livre de Philippe Besson avant de voir le tableau d'Edward Hopper au Art Institute de Chicago, et d'en acheter le poster. Et maintenant, j'ai beau savoir que Phillie's est en réalité un bar à New York et que la femme en rouge est en fait Jo, l'épouse d'Edward Hopper, pour moi, les "Nighthawks" continuent toujours à évoquer irrésistiblement une nuit d'été à Cape Cod et la femme en rouge est et restera Louise....
    ↓

critique par Fée Carabine




* * *



Peinture
Note :

   A partir d'une peinture d'Edward Hopper "Nighthawks" (ou les Noctambules) Philippe Besson laisse son imagination prendre possession des personnages du tableau pour raconter une histoire: celle des liens qui se sont noués et
   dénoués entre les acteurs de ce petit drame.
   
   Le choix du peintre Hopper n'est pas anodin. La simplification des formes, des architectures, les aplats de couleurs laissent le champ libre à la liberté créatrice du spectateur comme du narrateur pour évoquer les sentiments humains que sous tend cette simplification : à savoir l'isolement des individus leur solitude et la mélancolie qu'ils engendrent.
   
   En fait l'histoire est simple:
   Louise, jeune femme de 30 ans passés, dramaturge à succès, attend dans un café "Phillies" l'arrivée supposée imminente de son compagnon Norman (qui en fait ne viendra pas).
   Ben, le serveur et complice amical de Louise s'occupe de servir les clients mais a toujours un oeil bienveillant sur elle sans jamais se permettre la moindre liberté. Leur amitié se nourrit d'une empathie silencieuse.
   Arrive Stephen qui fut l'amant de Louise et l'a abandonnée, la laissant déchirée et meurtrie, pour se marier avec une amie d'université.
   
   La scène et les acteurs de ce petit drame sont placés. L'auteur avec une remarquable économie de moyens va resserrer toute l'action dans un huis clos; jouant de quelques phrases en questions et réponses il intercale les "voix off"
   des personnages ou du narrateur et très progressivement, lentement, il nous fait pénétrer comme par effraction dans leur vie.
   Avec un style épuré à l'extrême, utilisant le mot juste il rejoint le peintre dans une poésie du dépouillement.
   
   J'ai beaucoup aimé ce petit livre pour son "savoir faire" à démêler les méandres infinis des sentiments humains dans leurs rapports affectifs et amoureux pour ses descriptions très brèves et intenses de l'extérieur: port, bateaux, couchers de soleil qui ramènent comme un aimant le lecteur dans ce café où se noue le drame.
   
   Besson a l'art de raconter ici une histoire très forte, haute en couleurs en sentiments et ressentiments avec le calme de celui qui a compris que Vivre est comme un fleuve en apparence tranquille mais dont les fonds sont la proie de courants tumultueux.
   ↓

critique par Francès




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Une autre fois peut-être
Note :

   Au bar Chez Phillies, un vieux barman, Ben, passe son dimanche soir avec une habituée, Louise. Elle attend Norman, qui doit la rejoindre après avoir rompu avec sa femme. Mais c’est finalement Stephen qui pénètre dans le bar. Soit l’ancien amant de Louise, qu’elle n’a pas vu depuis cinq ans. Plus que de retrouver l’homme qu’elle a aimé, elle craint la confrontation entre son passé et son présent amoureux. Mais les intrigues amoureuses sont souvent plus surprenantes que prévues…
   
   L’idée de ce roman est originale: alors que certains racontent la création d’un tableau, Philippe Besson est ici parti d’un tableau existant, et il a voulu parler des personnages qui le composent. Ce tableau, c’est "Nighthawks", de Edward Hopper. On suit donc l’histoire de ce barman et des trois personnages présents.
   
   Il y a tout d’abord un élément qui m’a gêné: la temporalité. Hopper a peint son tableau en 1942, ce qui est visible par les vêtements, la décoration du bar. Besson décide de transposer l’action aujourd’hui, avec utilisation des téléphones portables, qui joueront d’ailleurs un rôle déterminant dans l’intrigue. De plus, il installe le café en bord de mer, ce qui ne me saute pas aux yeux quand je vois cette œuvre. Ces réserves sont malheureusement inhérentes à l’idée de départ, chaque lecteur arrivant avec sa vision de la situation, et le romancier avec la sienne. Un peu comme pour l’adaptation d’un livre au cinéma.
   
   Le problème, c’est que Philippe Besson n’a pas réussi à me faire perdre ma vision pour adopter la sienne. Si la lecture est agréable, elle est sans vraie surprise. L’histoire de Louise, maîtresse qui attend son amant, est traitée assez souvent en littérature. Elle m’a d’ailleurs très vite fait penser à une chanson de Jeanne Cherhal, "Un couple normal".
   
   L’apport de Philippe Besson par rapport à cette chanson, c’est le retour de l’ancien amant. Ce qui rend le barman nostalgique du bon vieux temps où tout réussissait à ce couple. Et cette nostalgie m’a paru de trop, comme si tout se liguait pour que l’histoire finisse comme elle finit. Parce que la coïncidence du retour de l’ancien amant le soir où le nouveau doit quitter sa femme annonce déjà ce qui va se produire. D’accord, la fin est ouverte, mais cela n’a pas suffit à me convaincre.
   
   Je n’ai pas passé un mauvais moment, mais cela m’a paru assez transparent et sans véritable passion. D’autres lecteurs ont avancé l’idée que c’est un roman «pour filles» pour expliquer ma déception. Peut-être, même si je pense ne pas être complètement réfractaire à ce type de littérature, et qu'il ne m'a pas semblé que Philippe Besson écrit spécifiquement pour les dames. Ce n'est pas Bridget Jones ;-) Mais je réessaierai!!!
    ↓

critique par Yohan




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Un bon moment
Note :

   Un huis-clos. Lieu: un bar à Cape Cod. Les personnages: Louise, auteure de théâtre en vogue; Ben, le serveur; Stephen, l’ex de Louise; un pêcheur de passage; et, par le biais du téléphone, Norman, l’actuel de Louise. Durée de l’action: quelques heures.
   
   Louise guette au bar l’arrivée de Norman qui, ce jour-là, doit rompre avec sa femme pour vivre avec elle. Or, il se fait attendre. Survient Stephen qui a laissé tomber Louise cinq ans auparavant pour se marier avec une autre dont il est à présent séparé. Discussions. Souvenirs. Explications. Norman ne viendra pas. Par contre, Stephen et Louise se promettent de se revoir.
   
   C’est tout. Non, ils boivent quelques Martinis aussi, et le serveur essuie les verres.
   
   N’en déduisez pas que le roman manque d’intérêt. Au contraire! En fait, Besson est parti d’un tableau d’Edward Hopper, «Les rôdeurs de la nuit» (celui dont un détail est représenté sur la couverture) en essayant de donner vie aux personnages. Il leur imagine une histoire, un vécu, des fêlures, des trahisons, des espoirs, du désespoir… c’est très intimiste, des petites touches qui se rajoutent au fur et à mesure pour faire exister les protagonistes et leur donner une consistance intérieure. Et c’est plutôt réussi. En même temps, leurs expériences, leurs sentiments sont ceux de tout le monde: chacun de nous peut s’identifier à un moment donné à l’un d’eux. Mais la faiblesse du livre se trouve peut-être là justement, dans des schémas de pensée ou des archétypes de comportement qui relèvent un peu du cliché. Exemple: Louise, «si elle ne mène pas tout à fait la vie qu’elle aurait choisie, elle n’a aucune de celles qui lui faisaient horreur, ces vies de confort et de conformisme, toutes tracées, remplies de maris, d’enfants, d’écoles, de supermarchés, de voitures, de maisons secondaires, de beaux-parents dominicaux, de régimes alimentaires et de couples amis. Elle aura échappé à ça, cette abomination ordinaire […]»
   Dans son anticonformisme, Louise reste tout de même assez conventionnelle!
   
   Un mot du style aussi: le roman est d’une grande lisibilité, la syntaxe n’est guère compliquée, le lexique reste assez ordinaire. De temps en temps, Besson en rajoute un peu dans les procédés de style… «Elle aime chez lui ce mouvement perpétuel, cette agitation, cette agilité, cette dextérité à jongler avec les contraintes, les contraires, les contretemps, les contrariétés…» C’est parfois un brin agaçant… mais dans l’ensemble, on passe un bon moment.
   ↓

critique par Alianna




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Un « temps imprévisible »
Note :

   A l'origine du roman de Philippe Besson, "L'Arrière-Saison", il y a un tableau d'Edward Hopper, "Nighthawks" (1942). On peut voir cette toile, une des plus célèbres de l'artiste américain, à l'Art Institute of Chicago. Les différentes traductions du titre, Les Noctambules, Les Rôdeurs de la nuit, Les Oiseaux de nuit, renvoient ainsi à quatre personnages, à l'expression et aux postures figées, qui paraissent isolés dans leurs pensées intimes.
   
   Un homme en costume sombre avec un feutre sur la tête et une femme à la longue chevelure rousse, vêtue de rouge, assis sur de hauts tabourets, sont accoudés à un bar. Ils font face à un barman en blanc qui porte un calot de cuistot sur la tête et s'affaire derrière le bar. L'homme semble le regarder tandis que la femme fixe quelque chose qu'elle tient entre les doigts, un amuse-gueule ou une petite part de sandwich. Sur le côté gauche du tableau, un autre homme encore, de dos, est assis au comptoir. Les personnages se détachent sur un fond sombre, fait de nuit et de vagues reflets de vitre, qui jouxte un mur jaune très lumineux. Le bar, que l'on devine situé dans une ville, a pour nom le Phillies. De l'ensemble émane une impression d'incommunicabilité et de grande solitude, renforcée par l'espace vide situé à gauche du tableau.
   
   Cette œuvre aurait été inspirée à Hopper par une nouvelle d'Hemingway, "The Killers"*, l'histoire de deux tueurs qui attendent leur victime dans un bar. En 1946, Robert Siodmak l'a adaptée à l'écran. Une pérégrination artistique, de la littérature à la littérature en passant par la peinture et le cinéma.
   
   Sur la quatrième de couverture, Philippe Besson explique comment, pour sa part, un dimanche d'ennui, il a observé la reproduction de cette toile qu'il avait chez lui. L'idée d'écrire a alors germé en lui, s'imposant avec force à son esprit : "J'ai eu l'envie impérieuse de raconter l'histoire de cette femme et de trois hommes autour d'elle, et d'un café de Cape Cod."
   
   Dans une atmosphère lourdement orageuse, tout près de Hyannis Port et non loin de la résidence d'été de la famille Kennedy, le livre raconte ainsi la soirée de crise amoureuse que vit Louise, un auteur de théâtre à succès. C'est en focalisation interne, par sa voix, que les événements présents et passés sont décrits. En cette toute fin d'après-midi, la jeune trentenaire attend son amant marié Norman, qui doit venir la rejoindre après avoir fait "ce qu'il a à faire", c'est-à-dire annoncer à sa femme Catherine qu'il veut la quitter. Norman est celui qui a succédé dans son cœur à Stephen, rencontré il y a dix ans, et dont la séparation, il y a cinq années, l'a laissée dévastée. Stephen a en effet alors épousé Rachel, dont l'origine sociale flattait son ego.
   
   En pensée, Louise se remémore le tourbillon de leurs belles années d'amour et d'insouciance tandis que le barman, le silencieux Ben, à qui la lie une longue complicité, l'observe avec acuité et tendresse. Et c'est ce soir-là que choisira Stephen, au bord du divorce, pour réapparaître - fortuitement ou non - dans la vie de la jeune femme. C'est aussi ce soir-là que Norman appelle celle-ci pour lui laisser entendre qu'il ne se séparera pas de son épouse.
   
   Dans ce soir de fin d'été qui tombe lentement, alors que "l'automne sera bientôt là", Stephen et Louise vont-ils pouvoir se retrouver? En quatorze chapitres, Philippe Besson excelle à décrire (à partir de l'exact centre du roman, au chapitre 7) les retrouvailles du couple désuni. Tout comme Louise son personnage, dramaturge et experte à nouer et à dénouer des situations de crises amoureuses dans ses œuvres, il raconte avec finesse et sensibilité les méandres du sentiment amoureux. Il décrit avec minutie toutes les étapes émotionnelles par lesquelles passe l'amoureuse deux fois délaissée. Celles-ci sont entrecoupées par une sorte de voix off, quelques phrases en italique, éléments rares de la conversation, qui ponctuent le récit et le relancent. Avec des situations pourtant très conventionnelles, il parvient à créer un huis-clos pesant, tout en respectant la règle des trois unités.
   
   On lit avec plaisir ce roman psychologique qui dit avec subtilité les effets délétères du désamour sur un cœur féminin dont les "tueurs" seraient ici les hommes. En même temps, avec les dernières lignes, le narrateur suggère discrètement que rien n'est jamais perdu : [... ]" à Cape Cod, le temps parfois est imprévisible."
   
   
   * Dans le recueil «Hommes sans femmes»

critique par Catheau




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