Lecture / Ecriture
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On achève bien les chevaux de Horace McCoy

Horace McCoy
  On achève bien les chevaux

On achève bien les chevaux - Horace McCoy

Grand roman noir
Note :

   Ce roman noir a été écrit en 1935 par un écrivain américain, issu lui-même d'un milieu pauvre, et qui a fait toutes sortes de métiers pendant la Grande Dépression avant de devenir scénariste à Hollywood. Il sait donc ce que signifie la misère et l'exploitation quand il met en scène ses personnages obligés de gagner leur vie en servant de divertissement aux autres.
    La relecture du roman de Horace McCoy (1935) m'a confirmée dans le souvenir que j'en avais : un livre choc, un livre coup de poing.
   
   
   La crise économique
   
    Le roman se déroule pendant la Grande Dépression et met en scène, dans ce contexte terrible où la misère est extrême et où des millions de personnes sont jetées à la rue et souffrent de la faim, des couples obligés de se produire dans un marathon de danse pour gagner un peu d'argent. Il s'agit de danser ou plutôt de bouger sans jamais s'arrêter sur la piste d'un dancing populaire, devant un public avide de sensations. Les temps de pause sont rares, la souffrance physique et morale intense, les problèmes de santé fréquents; l'épuisement succède à la fatigue.
    Les personnages principaux sont Gloria et Robert qui est aussi le narrateur de l'intrigue. Le récit commence par le jugement de Robert accusé du meurtre de Gloria et le reste est un immense flash back qui va nous donner la compréhension du drame.
   
   
   L'exploitation de la misère
   
   Horace Mc Coy, dans ce roman noir, dénonce l'exploitation de la misère, tout en replaçant le récit dans un cadre historique, la crise économique des années 30. Ces marathons flattent dans les spectateurs les instincts les plus bas. Ils sont surexcités lorsqu'ils voient les danseurs s'écrouler devant eux, victimes d'un malaise et se repaissent de la souffrance des victimes, oubliant ainsi la leur. Voir les couples éliminés les uns après les autres procure au public un sentiment de supériorité à bon compte. Le sujet est universel et déborde le cadre de la Grande Dépression. Quand Sydney Pollack l'adapte il pourra faire lui aussi un constat des années 70. Mc Coy compare le marathon à "une course de taureaux". On peut y voir, en effet, l'héritage des jeux de cirque romains et même la préfiguration des séances de télé-réalité actuelles, certes édulcorées, mais faisant appel, elles aussi, au voyeurisme et à l'instinct de domination des voyeurs, avec les mêmes conséquences tragiques pour ceux qui subissent ces violences, humiliation, dévalorisation, perte de confiance en soi. Et que dire des organisateurs qui s'enrichissent sur le dos des autres? L'homme est un loup pour l'homme et cela n'est pas prêt de changer.
   
   
   Deux personnages opposés
   
   Les deux personnages sont radicalement opposés : Tous deux veulent faire du cinéma, Gloria comme actrice, Robert comme metteur en scène mais il y a longtemps que Gloria a cessé de croire qu'elle peut s'en sortir. Elle hait la vie et voudrait mourir. Son passé a été dévastateur. L'expérience inhumaine vécue dans le dancing n'est pas fait pour lui redonner confiance ni en elle-même, ni en l'espèce humaine. Robert, lui est encore plein d'espoir, et sûr de sa réussite, il aime la vie. Il est encore capable de goûter la beauté d'un coucher de soleil et d'aller saluer le metteur en scène Borzage, présent dans la salle, avec un enthousiasme juvénile. Les faits sont présentés par ce jeune homme naïf, qui ne connaît encore rien du monde, qui n'est pas encore blasé. Cette naïveté met en relief la noirceur du récit et la sobriété avec laquelle il est conté. La fragilité de Robert explique aussi pourquoi il va se laisser entraîner par Gloria dans l'engrenage fatal de la dépression, la mort devenant synonyme de délivrance. La dernière phrase - on achève bien les chevaux- qui clôt le roman, évoquant un souvenir d'enfance du jeune homme, est dans sa concision d'une violence extrême. Un grand roman.
   
   
   Le film de Sydney Pollack

   
    J'avais un très bon souvenir du film de Sydney Pollack (1969) vu à sa sortie et de l'interprétation exceptionnelle de Gloria par Jane Fonda. Je viens de le revoir en DVD de médiocre qualité. Impossible d'utiliser la version anglaise sous-titrée. Il m'a fallu "subir" (c'est bien le mot) la version en langue française dont le doublage est exécrable, la qualité sonore épouvantable. J'ai eu des difficultés à entrer dans le film dans ces conditions. Je souligne cependant quelques scènes très fortes dont celle du derby extrêmement bien filmée, qui entraîne tous les couples dans une course insoutenable autour de la piste, chacun ayant peur d'être éliminé. Les personnages donnent l'impression d'être poursuivis par la Mort.
   
   
   Extrait

   
   "- Qu'est-ce que tu penses des derbys? lui demandai-je
   - C'est un moyen de plus d'avoir notre peau, répondit-elle.
   Le coup de sifflet nous fit repartir...
   Il y a plus de cent personnes ici, ce soir, dis-je.
   G. et moi nous ne dansions pas. J'avais passé mon bras autour de ses épaules et elle me tenait par la taille et, ainsi enlacés, nous marchions. C'était permis. Durant la première semaine il fallait danser, mais après c'était inutile. On nous demandait seulement de rester continuellement en mouvement."

critique par Claudialucia




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