Lecture / Ecriture
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Schroder de Amity Gaige

Amity Gaige
  Schroder

Schroder - Amity Gaige

Au nom du père
Note :

    Ce douloureux roman introspectif composé comme une longue épitre d'un père à son ex-épouse, accusé par celle-ci d'avoir enlevé leur fille Meadow, six ans. Amity Gaige, inconnue, nous emmène dans le sillage de cette cavale, dans l'ouest des Etas-Unis, à partir d'Albany, New York. Quand on se penche sur l'accueil de ce roman, l'ombre de Lolita... A mon sens rien de commun entre Humbert Humbert et Erik Schroder. Schroder, c'est rien qu'un père pas terrible, pas méchant pour deux dollars, maladroit comme tout père, et qui tient ça, sûrement, de son père à lui. Schroder c'est son vrai nom, mais venu enfant d'Allemagne de l'Est il essaie de se faire appeler Kennedy, pas original quand on habite dans la même région que la famille princière américaine, mais pas dans la même banque. Ayant connu une réussite sociale brève et qui s'est vite gâtée, et surtout inférieure à celle de sa femme, Erik a élevé sa fille pendant plus d'un an mais inéluctablement le couple est parti à vau l'eau. Plutôt velléitaire Erik décide de garder Meadow un peu plus longtemps qu'imparti par le juge et s'octroie une virée dans le massif des Adirondacks, vers le Lac Champlain et le Vermont, ce si bel état du Nord-Est à la douceur automnale proverbiale. Père et fille se retrouvent pour quelques jours, le voyage se passe bien mais l'idylle va virer au drame.
   
    Erik raconte cette fuite avec tendresse, avec amour. Erik est un homme plutôt bien mais nous croyons savoir que l'amour ne suffit pas et Meadow, six ans, trop mûre probablement ne sortira pas indemne de cette vénielle escapade. Mais on ne raconte pas "Schroder", livre parfois bouleversant, très fin et qui revient habilement sur des épisodes de la jeunesse et de l'enfance d'Erik Schroder Kennedy, transfuge de la R.D.A, accompagnant son père et laissant sa mère là bas à l'Est. Amity Gaige parle très bien de Berlin et de son ruban de pierre balafrant la liberté. Comme elle excelle à ces petites touches mettant en scène Erik et sa fille Meadow, au bord de l'eau, mangeant un hamburger, rencontrant somme toute peu de gens, comme rivés l'un à l'autre, une dernière fois peut-être. Un narrateur sensible qui comprend son errance et essaie de s'en expliquer. Un gars qui a fait une connerie, et qui a compris que la vie ne lui fera plus guère de cadeau. Schroder, un livre qui ne ressemble pas aux grands et nombreux romans américains, une musique qui sonne un glas européen, un nouveau monde pas facile pour personne, surtout pas pour ce papa paumé. C'est pas universel, ça?
    ↓

critique par Eeguab




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Immaturité banale
Note :

   Dans un grand saladier, versez les ingrédients suivants : un homme immature, qui pleure l'amour de sa femme et aime mal sa fille, une usurpation d'identité, quelques mensonges, un voyage qui ressemble à un kidnapping, une petite fille très mature, une banlieue quelconque, mélangez et vous obtenez un road movie sauce "Kramer contre Kramer", d'une triste banalité.
   
   Face à l'avalanche de billets positifs, je serai donc la note discordante de ce roman.
   
   Si l'écriture, enfin la traduction, n'est pas en cause, ni même le sujet a priori intéressant, c'est en revanche le déroulement du récit et le traitement réservé aux personnages qui ont fini par me lasser.
   
   Eric Schroder, ou plutôt Kennedy, comme il a décidé de s'appeler, est un type banal. Prisonnier d'une enfance douloureuse (la fuite du père de Berlin Est, l'acclimatation aux USA, la recherche d'une nouvelle identité...), Schroder poursuit son bonhomme de chemin, sans trop comprendre les implications de ses actes. Il se marie, se sépare (à son grand regret) de sa femme Laura, n'obtient pas la garde de sa fille Meadows, prend les mauvaises décisions (comme partir brusquement avec la gamine), se défend mal (le roman est tout entier sa confession écrite à son ex-femme), enchaine les moments de doute et de joie, se perd dans des justifications, des explications d'une grande banalité. C'est un peu dur comme résumé, mais à aucun moment je n'ai ressenti la moindre empathie pour Eric, pour Laura, leur triste naufrage, je suis restée en dehors de ce récit.
   
   L'idée de réinventer sa vie était pourtant infiniment séduisante, mais le roman, à mon goût, manque de profondeur et d'originalité, malgré quelques passages plutôt émouvants. Ici, c'est l'ennui qui a pointé le bout de son nez, dommage.
   
   "Entre chaque week-end de visite les semaines s'étiraient. Des jours mangés aux vers, mélancoliques, amplifiés, encadrés comme par des serre-livres par les samedis et dimanches où je pouvais profiter de sa présence. Puis venaient les week-ends sans elle. Le chagrin les rendait interminables.(...) lorsque ma fille arrivait enfin, à l'arrière de la Tahoe de son grand-père, la fatigue me tombait dessus. Je m'étais épuisé à l'attendre. Au bout du compte, le plus dur, quand on a été heureux à en mourir, c'est qu'au moment où votre vie se dégrade, on regrette de n'avoir jamais rien connu d'autre."

critique par Folfaerie




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