Lecture / Ecriture
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De beaux lendemains de Russell Banks

Russell Banks
  De beaux lendemains
  American Darling
  Affliction
  Sous le règne de Bone
  Terminus Floride (ou Continents à la dérive)
  Pourfendeur de nuages
  Hamilton Stark
  Trailerpark
  Histoire de réussir
  La Réserve
  L'Ange sur le toit
  Lointain souvenir de la peau
  La relation de mon emprisonnement
  Un membre permanent de la famille
  Continents à la dérive

AUTEUR DU MOIS DE DECEMBRE 2005

Russell Banks est né le 3 mars 1940 aux Etats Unis, dans le New Hampshire. Il a voyagé, exercé de petits métiers et, plus intéressant à mon avis, milité pour les droits civiques des Noirs, à une époque ou cela était loin d'aller de soi, surtout pour un Blanc.
C'est un grand admirateur de Jack Kerouac. Il avait commencé par écrire de la poésie, mais s'est ensuite mis au roman avec beaucoup plus de succès. Plusieurs de ses romans ("Affliction", "De beaux lendemains") ont été adaptés au cinéma.

Il devient professeur d'Université avant d'aller vivre deux ans en Jamaïque.. Il est maintenant un écrivain reconnu et incontesté, membre puis même président du Parlement International des Ecrivains.
Dans ses romans, il met le plus souvent en scène des marginaux ou des "ratés", des losers du système américain. "C'est une préoccupation centrale pour moi, presque une obsession: parler de ceux dont les vies ne sont pas considérées comme suffisamment intéressantes pour qu'on en parle. Amener les autres à prendre conscience que la vie intérieure de ceux qu'on appelle les gens ordinaires est aussi subtile, compliquée, et trouble que celle d'un philosophe, d'un chef d'entreprise ou d'un intellectuel."

De beaux lendemains - Russell Banks

L'hiver
Note :

   Lu le livre sans avoir vu le film. Lu ce livre également sans avoir jamais lu Russell Banks auparavant. C'est une belle découverte!
   
   Nord de l'Etat de New York, vers la frontière canadienne, dans cette région montagneuse des Adirondacks, l'hiver. L'hiver, donc neige, verglas ... Les conditions du drame sont posées. Un bus de ramassage scolaire conduit par Dolores, conductrice expérimentée et appréciée de la communauté s'envoie dans le ravin. Des enfants morts, d'autres blessés, et un traumatisme de toute la communauté.
   
   R. Banks ne cherche pas à nous imposer une version ou nous apitoyer, mais par le biais de 4 protagonistes, il projette une lumière sans cesse différente sur le drame, ses tenants et ses aboutissants.
   
   En outre, R. Banks doit apprécier les Adirondacks car nous avons de jolis passages sur cette contrée rude, belle et ... américaine.
   
   De beaux lendemains, dit-il? Ca se mérite, manifestement!
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critique par Tistou




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Relever les ruines pour bâtir des lendemains qui chantent... un jour... plus tar
Note :

   "De beaux lendemains", c'est le livre qui m'a fait découvrir Russell Banks, et le "déclic" qui m'a amenée à m'intéresser à la littérature américaine contemporaine. Je l'ai lu en décembre 1997, après avoir vu le film - magnifique - d'Atom Egoyan. Et le livre comme le film m'ont bouleversée. Impossible de ne pas être pris de compassion pour cette communauté villageoise frappée en plein coeur par la perte de ses enfants et confrontée en outre à un choix difficile: entamer une action en dommages et intérêts qui pourrait leur rapporter gros financièrement, mais qui risque aussi de durer des années - des années à ruminer sans arrêt ce qui s'est passé, à remettre à vif des plaies qui commenceraient à peine à se cicatriser - ou bien "tourner la page" et reconstruire une vie pour les survivants, un choix rendu plus difficile par la pauvreté dans laquelle vivent la plupart des familles des victimes, un choix délicat, en particulier, pour la famille de la jeune Nicole (incarnée par une formidable Sarah Polley dans le film d'Egoyan), une adolescente qui a perdu l'usage de ses jambes suite à l'accident. Nicole est d'ailleurs pour moi le personnage le plus marquant du livre (encore qu'ils le soient tous) par le courage avec lequel elle s'efforce de reprendre sa vie en mains malgré les blessures qu'elle a encourues dans l'accident, et malgré d'autres blessures plus anciennes. Et c'est à elle que reviendra la décision finale d'engager le village - ou non - dans une longue procédure judiciaire.
   
   Russell Banks dresse un portrait tout en nuances de cette communauté confrontée à l'innomable, et il recourt pour ce faire à 4 narrateurs différents: Nicole, Dolorès - la conductrice du bus, Bill - qui suivait le car dans sa voiture le jour du drame et dont les 2 enfants sont morts dans l'accident, et l'avocat qui se propose d'entamer une procédure judiciaire au nom des villageois et dont le rôle ne me paraît, hélas, que trop plausible, alors que je passe tous les soirs devant un énorme panneau publicitaire pour un cabinet d'avocats spécialisé dans ce genre de cas - "autres lieux, autres moeurs". D'où 4 versions des faits qui parfois se complètent, et parfois se contredisent. Un dispositif qui à l'époque m'avait surpris, mais que j'ai depuis retrouvé chez Russell Banks ("Trailerpark"), et aussi chez Larry Watson ("Justice") et surtout, surtout dans la merveilleuse "Année du silence" de Madison Smartt Bell.
   
   Des années après ma lecture, "De beaux lendemains" reste dans ma mémoire comme une très belle découverte et comme un de mes livres préférés de Russell Banks, avec le monumental "Pourfendeur de nuages" et "American Darling".
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critique par Fée Carabine




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Un dramatique accident
Note :

   Un accident de car bouleverse la vie d'un petit village.
   
   Dolorès, conductrice de bus, effectue chaque jour le ramassage scolaire des enfants du village. Très aimée de tous, "seul soutien de son mari invalide, elle avait conduit les enfants du village à l'école sans le moindre incident depuis plus de vingt ans".
   Veuf, ancien du Vietnam, amant de Risa qui comble ses besoins sexuels, Billy Ansel ne se remet pas de la mort de sa femme et élève seul ses deux enfants. Il suit comme chaque matin le bus le jour où celui ci se renverse, provoquant la catastrophe dans le village.
   14 enfants meurent dans l'accident, dont ceux de Billy. C'est l'aubaine pour Mitchell Stephens, avocat véreux et malheureux, qui cherche à tirer profit de ce drame.
   
   D'un fait divers dramatique, Banks tire un roman poignant en donnant la parole à différents protagonistes révélant les secrets et les faiblesses des uns et des autres, analysant le poids de la culpabilité et de la solitude sur chacun, avec une question en filigrane : Comment surmonter la perte d'un enfant ? Est-il possible de continuer à vivre après une telle tragédie ?
   
   Rien ne me destinait à lire ce livre. Je n'avais pas aimé les deux précédents Russel Banks que j'avais eus entre les mains "Américan Darling" et "Sous le règne de Bone". De plus, le sujet ne m'attirait pas plus que cela... Mais lors de mon dernier comité de lecture, il figurait sur la pile d'une des membres qui en fit une promotion certainement convaincante puisque je l'ajoutai dans mon panier.
   Bien m'en a pris ! J'ai lu ce roman d'une traite. Me voilà donc réconciliée avec Russel Banks dont je vais peut-être emprunter autre chose en bibliothèque.
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critique par Clochette




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La question de la responsabilité
Note :

   Russell Banks est particulièrement brillant lorsqu'il s'agit de rentrer dans la peau de ses personnages. Dans "De Beaux Lendemains", l'histoire tourne autour de l'accident mortel d'un bus de ramassage scolaire. Tourne autour, car chacun des personnages - ils sont quatre - raconte l'histoire de son propre point de vue.
   
   Le sujet principal de ce livre est la question de responsabilité. L'avocat Mitchell Stephens est le personnage autour duquel la responsabilité, les coupables et les raisons du drame gravitent. Mais ce n'est pas lui le maillon essentiel de la chaîne. Et c'est ce que Russell Banks veut nous montrer très subtilement. Chacun des personnages, à son tour, aura sa part de responsabilité dans l'après-accident, car chacun devra vivre avec cela, une perte, une culpabilité, un désir de vengeance ou un handicap.
   
   Le récit m'a laissé une impression de crescendo pour atteindre le paroxysme avec l'histoire de Nicole Burnell, qui montre le pouvoir du pardon, avec une mélancolie indescriptible.
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critique par Julien




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Dérapage
Note :

   Au nord de l'état de New York, la vie d'une petite ville va être bouleversée par l'accident d'un bus scolaire qui dérape dans la neige et la mort de nombreux enfants. Aussitôt une nuée d'avocats s'abat sur les familles endeuillées. Mais qui est responsable de l'accident? Dolorès Driscol qui conduisait le bus? Les services municipaux qui ont laissé une sablière s'emplir d'eau sans chercher à la reboucher?
   
    Russel Banks, à travers ce roman, dénonce ces avocats véreux, qui semblables à des vautours cherchent à faire d'une tragédie, une manne financière. L'auteur montre la manipulation des parents désespérés, qui dans leur désarroi, leur colère, deviennent des proies faciles : une société américaine ou tout est prétexte à profit et où les plus grands chagrins doivent rapporter gros.
   
   Le roman est polyphonique : quatre personnages vont raconter tour à tour l'accident selon la manière dont ils l'ont vécu. Ces quatre récits sont un prétexte à peindre la société américaine dans une ville de montagne sans grande ressource économique, où l'absence d'avenir, les difficultés financières, la maladie, les mésententes conjugales, les enfants battus, la dépression liée au retour du Vietnam, composent une société complexe, à la recherche d'un bonheur qui les fuit.
   
   Dolorès Driscoll, mère de deux grands fils qui ont quitté la maison et ne reviennent pas souvent la voir, soigne son mari handicapé avec amour et courage puisque c'est elle qui doit subvenir aux besoins du couple. Conductrice du bus scolaire, sérieuse, elle aime les enfants et son métier qui la met en contact avec eux. Elle n'a jamais eu d'accident mais ce jour-là, il commence à neiger et elle croit voir un chien sur la route. Quand elle cherche à l'éviter, le car part sur le bas-côté.
   
   Billy Ansel, garagiste, est un vétéran du Vietnam. Pour les gens du village, il est un héros dont tout le monde admire le courage. Personne ne sait ce qui se cache sous ce calme apparent que donne à voir Billy. Il a perdu sa femme des suites d'une maladie, entretient une liaison secrète avec une femme mariée qui perd, elle aussi, son enfant unique dans l'accident. Les jumeaux de Billy meurent; sa vie s'est "vietnamisée" et Billy sombre dans l'alcool.
   
   Mitchell Stephens est un avocat new-yorkais qui cherche à entraîner les familles dans un procès. Mais l'habileté de l'auteur est de lui faire poursuivre d'autres buts que l'argent. N'a-t-il pas lui aussi perdu sa fille droguée même si c'est d'une autre manière? La colère qu'il éprouve contre cette société qui tue ses enfants en faisant de l'argent un Dieu, l'anime dans sa recherche d'une vraie justice. Combien de grandes entreprises, de services d'état, en effet, préfèrent exposer leurs employés à la maladie, aux risques d'accident, plutôt que de faire des dépenses pour assurer leur sécurité? Ils savent que les victimes trop modestes n'obtiendront jamais réparation. Russel Banks montre ainsi le malaise qui existe même dans les classes sociales aisées.
   
   Enfin vient Nicole Burnell, adolescente de 15 ans, qui restera handicapée toute sa vie à la suite de l'accident. Elle quitte alors pour toujours le monde de l'enfance et pose un regard d'une clairvoyance terrible sur sa famille mais aussi sur les autres. Un beau personnage mais cruelle dans sa soif de justice. Pourtant, elle seule parvient à rétablir un ordre dans le chaos même s'il faut pour cela s'appuyer sur un mensonge. Il semble que la communauté ne peut être sauvée que par le sacrifice de l'un d'entre eux.
   
   Cette galerie de portraits est d'une vérité criante. J'ai été très sensible à la peinture de cette société repliée sur elle-même, sur son deuil, sur ces blessures. Le roman est passionnant par le talent de l'auteur à nous faire partager le point de vue de chacun, à nous faire pénétrer dans les pensées, les sentiments des personnages.

critique par Claudialucia




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